Seminatore

Abandon

XII Dimanche T.O.

            La question des disciples est celle qui surgit de notre coeur chaque fois que la barque de notre vie est secouée par ” une grande tempête”. Quand ” les flots” se font plus hauts que notre regard et nous empêchent de voir, non seulement ” l’autre rive” vers laquelle nous nous dirigeons, mais aussi celle qui, exprimée par le désir du Seigneur , nous avons à peine quittée. Nous sommes comme Job destabilisés et désorientés. Nous pensions être, plus qu’à l’abri en ayant pris Jésus avec nous , et pourtant, dans un certain sens, du moins de notre point de vue, Il n’est pas présent, il est ailleurs. Il semble confiné béatement dans le monde de ses rêves dont nous nous sentons terriblement éloignés : ” Il était à l’arrière, sur le coussin et dormait”. Justement et sagement, Augustin note : ” le sommeil du Christ est donc un mystère “1. Il s’agit de son mystère qui rencontre notre vie et nos combats. Au milieu de la mer de la vie et dans l’oeil du cyclone quand nous nous sentons le plus désorientés et en danger, nous sommes appelés à invoquer sa présence. Comme pour les disciples, il ne nous reste que la grande question : ” cela ne t’importe pas que nous soyons perdus ” ? Le Segneur Jésus – comme déjà avec Job – ne répond pas à la question, mais interroge notre foi jusqu’à la scruter en profondeur : ” qui a endiguer la mer entre deux enclaves lorsqu’elle sortait impétueusement du sein maternel, quand je l’ai vêtue de nuages et enveloppée d’une nuée obscure, en lui fixant une limite”? Et encore : ” Pourquoi avez-vous peur ? N’avez-vous pas encore la foi “? La foi vers laquelle le Segneur semble vouloir nous conduire graduellement est une foi nue et essentielle, étrangère à toute forme de sécurité et de protection. Être disciples n’évite aucune difficulté : ni celle de devoir ramer, ni celle d’être confrontés aux caprices de la vie. La vie ressemble souvent à la mer capricieuse. Les disciples pensaient avoir avec eux sur la barque une sorte de talisman en la personne du Maître pour être à l’abri de tout danger. Le Seigneur demande de faire un pas de plus. Comme le dit l’apôtre : ” L’amour du Christ nous possède ; et, nous savons bien que l’un est mort pour tous, donc nous sommes tous morts “. Paul ajoute et clarifie de façon irrévocable : ” pour que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour Celui qui est mort et ressuscité pour eux “. Il semble vraiment que pour le Seigneur cela ” importe peu que nous soyons perdus” mais que nous vivions et devenions ” une créature nouvelle”. Bien sûr, il arrête la tempête, mais la parole qu’Il adresse au vent et à la mer tourmente en réalité notre coeur submergé et dominé par l’angoisse. Le vrai danger se trouve ” dans les choses anciennes” auquelles nous sommes si attachés. Bien sûr, la tempête est déchaînée sur la mer, mais, il ne viendrait à l’idée de personne d’alléger la barque en jetant à la mer un peu de ballast. Le Seigneur nous invite à marcher sur les eaux, à nous libérer du ballast de la peur pour survivre à tout prix. La peur nous alourdit tellement jusqu’à nous enfoncer et nous étouffer. Nous sommes invités à entrer dans le mystère de ce divin sommeil du Seigneur qui anticipe son patient endormissement sur la croix. Comme Jonas, Jésus aussi dort, alors que tous s’agitent car il est déjà disposé à dire, à contrecoeur, comme le prophète : ” Prenez-moi et jetez-moi dans la mer et la mer qui maintenant est contre vous se calmera, car je sais que cette grande tempête vous a atteints, à contre coeur, à cause de moi” ( Jo 1, 12 ). Comme l’explique Augustin : ” Le Seigneur Jésus était certainement maître du sommeil comme il l’est de la mort et, lorsqu’il se trouvait dans la barque sur l’eau, le Tout Puissant n’a sûrement pas cédé au sommeil sans le vouloir. Si vous le pensiez , cela voudrait dire que le Christ dort en vous. Mais, si au contraire le Chrsit est éveillé en vous, votre foi aussi est éveillée “. En réalité, c’est sans doute nous qui sommes endormis, alors que le Christ Seigneur se repose simplement et béatement sur le ” coussin” de sa confiance sereine. C’est la confiance qui est ” le port tant désiré”. ( Ps 106, 30 )


1. Augustin – discours 63 –

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