Aujourd'hui, la parole

I Dimanche de Carême
Saturday, 20 February 2021
( Gn 9, 8-15 / Ps 24 / 1 P 18-22/ Mc 1, 12-15 )   Les paroles priantes du psalmiste sont une bonne introduction à ce temps propice à la prière et à la conversion : " Souviens-toi, Seigneur, de ta...

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Monastère benedictine Koinonia de La Visitation.                                                                                                 Noel 2020 Rhêmes-Notre-Dame (Ao)       Comme Marie nous voulons faire grandir en nous cette Esperance que nous désirons partager avec tous les frères et sœurs...

( Lv 13, 1-2. 45-46 / Ps 31 / 1 Co 10, 31. 11,1 / Mc 1, 40-45 )

 

          L'exhortation de l'apôtre Paul peut certainement éclairer l'étrange réaction du lépreux, à peine guéri par le Seigneur Jésus : " il s'éloigna et se mit à proclamer et à annoncer sa guérison, si bien que Jésus fut publiquement empêcher d'entrer dans une ville " ( Mc 1, 45 ). L'apôtre, après avoir invité à ne pas être " un scandale ni pour les Juifs, ni pour les Grecs, ni pour l'Eglise de Dieu " ( 1 Co 10, 32 ) n'hésite pas à ajouter : " devenez mes imitateurs comme je le suis du Christ " ( 11, 1 ). Imiter le Seigneur Jésus signifie oeuvrer toujours pour le plus grand bien de l'autre sans que cela ne devienne un prétexte pour le contrecarrer inutilement : " va, au contraire, te montrer aux prêtres, en leur offrant en témoignage pour ta purification ce que Moïse a prescrit " ( Mc 1, 44 ). La liturgie nous rappelle ce qui est prescrit dans la loi par rapport à ceux qui sont affectés par la lèpre : " ils porteront des vêtements en fripes et se couvriront la tête....il restera seul et habitera à l'extérieur dans la campagne." ( Lv 13, 45-46 ) Non seulement le Seigneur ne corrompt pas superficiellement les usages traditionnels, mais il les rend quasi inutiles en transformant en profondeur la condition de cet homme qui s'adresse au Seigneur avec une confiance totale qui inclut le respect de la liberté du Seigneur : " si tu le veux, tu peux me purifier " ( Mc1,40).

          Les paroles et l'attachement du lépreux mettent le coeur du Christ en mouvement de " compassion ", sans pour cela vouloir profiter du besoin de cet homme pour le lier à lui, élargissant ainsi le cercle de ses disciples. Le Seigneur renvoie le lépreux, désormais guéri, à sa vie et à son témoignage vers les prêtres du temple pour rendre compte du fait que le Seigneur est capable de guérir ses fils en mettant dans leurs coeurs et sur leur lèvres de nouvelles expressions de louange : " Heureux l'homme à qui est enlevée la faute et recouvert le péché " ( Ps 31, 1 ). Le Seigneur Jésus a assumé chacune de nos lèpres, chacun de nos maux et partagé la solitude et l'isolement que la douleur apporte souvent  injustement avec elle. Notre misère n'est pas un obstacle pour le Seigneur qui nous apprend à deviner même les larmes cachées jusqu'à porter les poids des uns et des autres. Le Seigneur Jésus ne se contente pas de dénoncer le mal en tentant de l'endiguer, mais, secrètement, il le prend en charge. Ce " lépreux " qui, d'un point de vue relationnel est déjà un mort, retrouve la vie à travers cette " compassion " d'implication qui est capable de ressusciter la vie.

          Il y a un élément ultérieur à cet évangile qui ne peut passer sous silence et c'est cela que François Varillon nous explique ainsi : " Il n'y a pas de vraie compassion sans passion : celui qui compatit vraiment souffre personnellement " et il ajoute " la compassion est une communion dans la souffrance ". En fait, à la fin de cette rencontre si personnelle qu'elle advient en l'absence de témoins comme la foule qui jusqu'à ce moment se pressait autour du Christ, nous trouvons une note surprenante qui concerne le lépreux mais aussi le Seigneur Jésus : " il ne pouvait plus entrer publiquement dans une ville, mais il restait dehors dans des lieux déserts " ( Mc 1, 45 ). Tout d'un coup, nous pouvons contempler le Christ qui prend notre place et assume pour lui le poids de nos maladies et de notre péché. Que signifie donc pour nous devenir des " imitateurs" ( 1 Co 11, 1 ) ? A cette question seule notre vie peut répondre dans la mesure où nous cherchons à vivre l'Evangile, non dans les grandes occasions, mais plutôt dans les réalités habituelles et les replis les plus cachés de l'ordinaire.

          La parole de Paul " que vous mangiez, que vous buviez ou fassiez quelque chose d'autre, faites tout pour la gloire de Dieu " ( 1 Co 10, 31 ) pouvait être reprise et même appliquée à l'expérience de maladie physique ou spirituelle. Que ce soit dans la santé ou la maladie, dans les temps de consolation spirituelle ou dans ceux qui sont plus difficiles, l'essentiel est de vivre chaque réalité qui compose notre vie " pour la gloire de Dieu ". La gloire que nous donnons à Dieu est notre capacité de vivre, en profondeur chaque situation et chaque saison de notre existence.