Aujourd'hui, la parole

I Dimanche de Carême
Saturday, 20 February 2021
( Gn 9, 8-15 / Ps 24 / 1 P 18-22/ Mc 1, 12-15 )   Les paroles priantes du psalmiste sont une bonne introduction à ce temps propice à la prière et à la conversion : " Souviens-toi, Seigneur, de ta...

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Monastère benedictine Koinonia de La Visitation.                                                                                                 Noel 2020 Rhêmes-Notre-Dame (Ao)       Comme Marie nous voulons faire grandir en nous cette Esperance que nous désirons partager avec tous les frères et sœurs...

( Jo, 1-5.10 / Ps 24 / 1 Co 7, 29-31 / Mc 1, 14 - 20 )

 

          Il ne nous aura pas échappé que la note écrite sur l'appel des premiers disciples a été lue - dimanche dernier - à travers l'interprétation du quatrième évangéliste, nous en lisons, aujourd'hui la version de Marc : " Après l'arrestation de Jean, Jésus partit en Galilée, en proclamant l'évangile de Dieu" ( Mc 1, 14 ).En réalité il n'y a pas de grande nouveauté dans l'annonce du Seigneur Jésus : il répète la même annonce que Jean Baptiste, la même invitation que le prophète Jonas aux habitants de Ninive. La ville de Ninive, vers laquelle Jonas est poussé plus qu'il n'y est invité, ressemble beaucoup à la Galilée où Jésus commence son ministère. Jonas devra ouvrir les yeux et le coeur sur ce que Dieu " vit " jusqu'à se " raviser ". Le regard du Seigneur, capable de voir au-delà des pêcheurs et des pécheurs, manifeste pleinement ce que Jonas est appelé à devenir, non seulement prophète, mais avant tout témoin.

          Le Seigneur Jésus n'entre pas en concurrence : il sait respecter les temps de sa maturité et sait attendre le temps de sa manifestation : " après l'arrestation de Jean". Il nous est ainsi raconté indirectement la qualité de l'auto-conscience messianique du Seigneur qui - selon la logique du " secret messianique " propre à l'évangéliste Marc – nous donne l'intuition que, pour Jésus il n'y a aucun intérêt à attirer l'attention sur soi. Pour cela, il commence la prédication seulement lorsque s'est crée un réel vide à cause de l'incarcération du Baptiste : aucune rapidité et aucun protagonisme dans l'humble prophète qui vient de Nazareth en  Galilée. La nouveauté est, au contraire, liée au fait que même si l'annonce est identique, sa modalité est tellement différente qu'elle donne une couleur et une saveur nouvelle à l'annonce même. En effet, alors que l'on dit de Jean "qu'accouraient vers lui toute la région de Judée et tous les habitants de Jérusalem " ( 1, 5 ), l'on dit du Seigneur Jésus, que c'est lui qui partait à la recherche de ses frères en passant le long de la Mer de Galilée " ( 1, 16 ). Ainsi l'annonce assume les caractéristiques voulues par Dieu pour le prophète Jonas si résistant à l'idée de se rendre à Ninive d'où l'on n'attend aucune réaction positive de ses habitants, et qui, à l'encontre de toute attente " crurent en Dieu " ( Jo 3, 5 ). La foi et la conversion de Ninive est le fruit de la confiance absolue de Dieu en leur capacité à se convertir qui, sur les bords de la Mer de Galilée assume les traits inconfondables de l'absolue confiance de Jésus qui sait que des " pêcheurs" ( Mc 1, 16 ) peuvent devenir des " pêcheurs d'hommes " ( 1, 17 ). Les exigences de la conversion sont les mêmes que celles annoncées par Jean Baptiste. Il récapitule dans le feu de son témoignage la tradition de tous les prophètes mais sa façon d'être est celle du prophète Jonas que Dieu veut vagabonde dans la grande cité de Ninive. Le Seigneur Jésus ne s'affole pas face à la désolation confinée des coeurs humains, mais il aime les parcourir, proposant l'urgence de la conversion, sans céder à la séduction. La parole de l'apôtre Paul crée une certaine émotion : " Je vous dis cela , frères, le temps est bref..." ( 1 Co 7, 29 ). L'horizon eschatologique n'est pas une invitation à fuir l'Histoire, mais c'est cette lumière nouvelle qui permet d'aller à la racine de l'espérance qui brûle en chaque réalité et en chaque parcours humain. La parole de l'apôtre se fait plus aigüe par son urgence : " en effet, la forme du temps de ce monde passe ". A la lumière des paroles et des gestes du Seigneur Jésus, cette urgence irrémédiable est vécue naturellement dans une capacité toujours renouvelée de regarder le monde avec admiration pour y dispenser notre compassion.

          Il n'y a plus de temps à perdre : nous sommes appelés en tant que disciples et Eglise à agir comme le Seigneur, sans précipitation, sans protagonisme, sans attendre que l'autre vienne à nous. Il est urgent d'aller vers l'autre - toujours et partout - car " le temps est accompli et le Règne de Dieu est proche, convertissez-vous et croyez à l'Evangile " ( Mc 1, 15 ). Oui, vraiment, dans la conversion quotidienne faite de rigueur et d'amour, le désert de chaque coeur humain peut réellement fleurir jusqu'à donner les fruits de " l'Evangile ".