Aujourd'hui, la parole

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Saturday, 19 September 2020
XXV Dimanche du T.O. ( Is 55, 6 - 9 / Ps 144 / Ph 1, 20 c - 27 a / Mt 20; 1 - 16 )           La question que le Maître de la parabole pose à ses ouvriers mécontents et récriminants résonne ainsi : " N'as-tu pas...

XXIV Dimanche du T.O.

( Si 27, 30 - 28, 9 / Ps 102 / Rm 14, 7 - 9 / Mt 18, 21 - 35 )

 

          La question posée par Ben Sira le Sage est comme une épée à travers notre coeur et demande à mettre  au clair les orientations et les fondements de notre vie : " Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ? " ( Si 27, 3 ) Les questions posées dans la première lecture de ce jour sont au nombre de quatre et nous pourrions nous laisser toucher et traverser sérieusement par ce qui nous est demandé comme un regard honnête sur nous-mêmes avant de nous lancer vers une évaluation, souvent plus ou moins véridique, de la vie et du comportement de nos frères. Si la première question fait deviner comment le processus du pardon devient un véritable chemin de guérison, la deuxième nous met face à l'absurdité de certaines positions  que nous défendons souvent passionnément jusqu'à l'extrême : " s'il n'a pas de pitié pour un homme, son semblable, comment peut-il supplier pour ses péchés à lui ? " ( 27, 4 ) Alors que nous sommes habitués à nous comparer aux autres pour faire remarquer notre honnêteté et notre justice, nous sommes renvoyés à une façon de vivre et de vivre la comparaison, complètement différente. Il nous est demandé de faire un autre pas, celui d'avoir une considération plus adéquate de celle - parfois sans pitié - qui est notre réalité, pour devenir capables de poser notre regard sur le frère à partir d'un point de vue de vérité essentielle et fondamentale : " lui qui est un pauvre mortel, il garde rancune : comment peut-il obtenir le pardon de Dieu ? " ( 27, 5 )

          Les Ecritures, justement, nous rappellent que nous n'avons pas droit à " la rancoeur" car cela n'appartent pas à ceux qui ont une juste considération d'eux-mêmes et ont tellement présente leur propre fragilité qu'ils ne peuvent qu'accueillir, même dans les situations les plus difficiles, la fragilité de l'autre. La violence et la méchanceté ne sont que la révélation d'une pauvreté et d'une fragilité intérieures qui doivent être traitées comme des maladies et, en tant que telles, il faut être très attentifs à ne pas être superficiels ou stupidement héroïques en faisant tout son possible pour ne pas être contaminés et ansi ne plus pouvoir secourir. Une dernière question est posée par le Sage : " Qui donc lui pardonnera ses péchés ? " Nous pourrions reprendre cette expression de la première lecture en la reformulant d'une façon différente : " Qui pourra guérir à ta place ? " 

          La réponse est évidente, mais l'apôtre Paul nous emmène plus loin et nous révèle le secret de notre propre vie d'où nous pouvons atteindre la force pour vivre au mieux nos relations fraternelles : " Aucun d'entre nous ne vit pour soi-même et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur " ( Rm 14, 7 ). Loin d'être une sorte de fuite de la réalité, cette expression de l'apôtre nous aide à ne pas disperser notre attention dans les circuits infernaux de la " rancoeur" pour habiter les régions intérieures de la paix. De l'Evangile, nous pouvons retenir, comme une pointe de diamant, une seule expression pour couper court à toute réalité adéquate de notre vie : " Le Maître eut compassion " ( Mt 18, 27 ). Et la compassion ne connaît ni addition, ni soustraction, ni même de division, mais elle se multiplie à l'infini dans la logique propre de l'amour.