Aujourd'hui, la parole

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Saturday, 19 September 2020
XXV Dimanche du T.O. ( Is 55, 6 - 9 / Ps 144 / Ph 1, 20 c - 27 a / Mt 20; 1 - 16 )           La question que le Maître de la parabole pose à ses ouvriers mécontents et récriminants résonne ainsi : " N'as-tu pas...

XX Dimanche du T.O.

( Is 56, 1. 6 - 7 / Ps 66 / Rm 11, 13 - 15. 29 - 32 / Mt 15, 21 - 28 )

 

          Celui de Paul ressemble à un cri de protestation contre toute fermeture qui, discrètement, en éliminant les autres dans leur diversité fondamentale, tue en réalité ce qui en nous est ouverture à la vie : " Je vous le dis à vous : dans la mesure où je suis moi-même apôtre des nations, j'honore mon ministère, mais dans l'espoir de rendre jaloux mes frères selon la chair et d'en sauver quelques uns " ( Rm 11, 14 ). Le prophète Isaïe de son côté, semble rêver et ne pas se contenter de le faire por soi-même, mais il brûle du désir de partager son envie d'un élargissement plus large du peuple de Dieu : " Les étrangers ont adhérer au Seigneur pour le servir, aimer son nom et pour être ses serviteurs " ( Is 56, 6 ). Le songe d'Isaïe et le cri de Paul nous permettent d'entrer dans la réaction du Seigneur Jésus face à cette femme qui semble lui barrer la route, et avec qui il semble s'engager dans une lutte profonde. Cette lutte commence par une réflexion assez étrange - " Il ne lui répondit même pas une parole " ( Mt 15, 23 ) - et se conclut par un mouvement imparable d'admiration : " Femme, ta foi est grande ! Que tout se passe pour toi comme tu le veux " ( 15, 29 ). Entre ces deux réaction du Seigneur, nous découvrons la façon de penser des disciples : " Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! " ( 15, 23 )

          La motivation qui anime les disciples - se libérer d'un souci - n'est pas digne du Seigneur et ne serait pas respectueuse de la douleur et de la prière de cette femme sans nom qui semble représenter si bien notre humanité qui a besoin, non seulement d'aide, mais aussi de retrouver sa propre dignité, sans y prétendre : " C'est vrai, Seigneur - dit la femme - et pourtant les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres " ( 15, 27 ). Juste alors que le Seigneur - pour l'unique fois dans sa vie d'adulte - passe les frontières d'Israël, voilà que cette femme le met face à la difficulté, non seulement d'aller vers des étrangers, mais d'accepter que les autres viennent à sa rencontre en demandant une disponibilité qui ne va pas forcément de soi. Ainsi, le monde des autres et les coutûmes des autres nous stimulent pour prendre conscience de ce que nous avon reçu comme don de grâce et dont nous ne pouvons pas simplement nous glorifier, mais dont nous sommes appelés à nous laisser former intérieurement avec les autres et jamais de façon isolée et auto-référentielle.

          Le Seigneur Jésus honore de façon unique et totale son ministère de compassion dans la mesure où, presque en exagérant la situation, il peut révéler encore plus profondément combien est grande la foi de cette femme qui vit au-delà des frontières visibles de la fidélité du peuple d'Israël. Dans sa quête extrême, la femme demande simplement d'être tolérée. Le Seigneur, à travers son exigeante pédagogie d'initiation à la logique du Règne, l'offre à tous - et avant tout à ses disciples - comme un modèle de foi et de " prière pour tous les peuples " ( Is 56, 7 ). En ces jours d'été où nous avons, non seulement un peu plus de temps, mais aussi une plus grande disponibilité intérieure, nous pouvons essayer de faire un pas de plus afin que les autres puissent, non pas se sentir tolérés, mais accueillis et reconnus, estimés et honorés en toute vérité.

Seigneur Jésus, les autres nous épient, nous provoquent, nous poussent vers des horizons imprévus et impensables. Libère notre coeur, ouvre - nous à une écoute véritable, à la discussion et à l'accueil réciproque qui ne soit pas une jeu sans fin de miroirs, mais une réelle progression en conscience et dialogue. Ainsi, nous découvrirons qu'en accueillant l'autre, nous nous comprendrons mieux nous-mêmes et nous te rencontrerons en vérité.