Aujourd'hui, la parole

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Saturday, 19 September 2020
XXV Dimanche du T.O. ( Is 55, 6 - 9 / Ps 144 / Ph 1, 20 c - 27 a / Mt 20; 1 - 16 )           La question que le Maître de la parabole pose à ses ouvriers mécontents et récriminants résonne ainsi : " N'as-tu pas...

XVIII Dimanche du T.O.

( Is 55, 1 - 3 / Ps 144 / Rm 8, 35 - 39 / Mt 14, 13 - 21 )

 

          La question que Paul pose à nos oreilles et dans nos coeurs résonne profondément : " Qui nous séparera de l'amour du Christ ? La détresse ? La persécution ? L'angoisse ? La faim? Le danger? Le glaive ? " ( Rm 8, 35 ). Toutes ces réalités dures et difficiles de la vie qui risquent de nous isoler et de nous appauvrir encore d'avantage peuvent, au contraire, devenir l'occasion d'une plénitude imprévue. La parabole du prophète résonne du plus profond des siècles et interroge surtout ceux - et, nous en faisons partie - qui pensent n'avoir besoin de rien ni de personne : " pourquoi dépenser de l'argent pour ce qui ne nourrit pas et se fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? " ( Is 55, 2 ) Par cette question dont le prophète démasque notre auto-suffisance et l'illusion de pouvoir acheter toute chose, fait suite une invitation : " Ecoutez-moi bien et vous mangerez de bonnes choses et dégusterez des viandes savoureuses " et encore : " Prêtez l'oreille " ( 55, 2 - 3 ).

          Cette parole d'Isaïe s'accomplit sous nos yeux dans le récit de l'évangile qui se termine par un point à ne pas sous-évaluer et à comprendre dans toute la profondeur d'un message et d'un appel pour notre propre vie : " Ils mangeront tous à sassiété et l'on ramassera encore des morceaux à emporter dans douze paniers " ( Mt 14, 20 ). La différence qui fait le miracle est le miracle de la différence entre l'instinct des disciples qui conseillent au Seigneur Jésus de congédier la foule " afin qu'elle aille dans les villages chercher de quoi manger " ( 14, 15 ), et la décision qui consiste à nourrir tout le monde à partir de ce que l'on pense possible : " il rompit les pains, les donna aux disciples et les disciples à la foule " ( 14, 19 ). Il est certain que pour une mentalité de consommation qui recherche continuellement à faire progresser le pouvoir d'achat, ce geste de Jésus représente une révolution. Il n'est pas difficile d'imaginer les dégâts que cette décision a entraînés pour les boulangeries du secteur.

          Le défi de l'Evangile est de passer du " pouvoir de consommation" à la " joie du don" et ceci à tous les niveaux de notre vie relationnelle dont la nourriture est un symbole fort et expressif. Dans les paniers, il ne restait pas de pains entiers , sortis du four ou à peine achetés, mais bien des " morceaux " ( 14, 20 ), cela pour nous dire que ce qui nourrit, n'est pas le pain que nous achetons ou vendons, mais bien le pain de la vie que nous sommes capables de rompre et de partager. Ce qui rassasie  la faim du sens que nous portons en nous, n'est pas un pouvoir croissant d'acquisition dont les sacs de provisions toujours plus colorés et avenants sont les symboles de nos magasins, mais ce qui en nous et à travers nous est mis à disposition de la vie des autres et dont nous-mêmes pouvons en recevoir un surplus de sens et de joie pour notre vie. L' Eucharistie que nous célébrons est bien plus qu'un simple geste cultuel et sacré pour avoir bonne conscience, c'est, au contraire, un geste existentiel. Nous sommes ainsi appelés à convertir notre coeur de l'attitude qui consiste à renvoyer les autres dans des magasins pour acheter et s'alimenter, pour les inviter auprès de nous à mettre en commun les morceaux et à les partager. La " sassiété" ( Mt 14, 20 ) ne peut être que le fruit et le signe de la " compassion " ( 14, 14 ) qui fait de nous des compagnons. Le contexte de cet épisode de l'Evangile est celui de " la mort de Jean Baptiste" ( 14, 13 ) et les gestes que nous accomplissons pendant l'Eucharistie sont mémoire du don pascal du Christ Seigneur ; le défi que Jésus lance aux apôtre est pour nous aussi : " ils n'ont pas besoin de s'en aller, donnez-leur vous-mêmes à manger " ( 14, 16 ).

Seigneur Jésus, rends-nous prompts et capables de percevoir la faim et la soif de nos frères et cultive en nous l'esprit de partage. Permets-nous d'assister toujours au renouvellement du miracle qui rend fécond et nourrit le peu que nous sommes et que nous avons ; fais fleurir notre pauvreté en y faisant un lieu accueillant, joyeux et simple où l'on peut se reposer et reprendre force et confiance. Pour cela, nous te prions.