Aujourd'hui, la parole

Attendre le... Tu
Saturday, 28 November 2020
I Dimanche de l'Avent ( Is 63 - 64 passim / Ps 79 / 1 Co 1, 3 - 9 / Mc 13, 33 - 37 )             Le prophète Isaïe qui deviendra une présence particulièrement  chérie dans notre vie tout au long de ce nouveau...

Le Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ

( DT 8, passim / Ps 147 / 1 Co 10, 16 - 17 / Jn 6, 51 - 58 )

 

          L' apôtre Paul semble animé par une exaltation intérieure à la pensée que " nous participons tous à l'unique pain " ( 1 Co 10, 17 ). Pouvoir se nourrir du même pain et s'asseoir pour cela à la même table est quelque chose qui donne à la vie une saveur et une légèreté qui font du bien. Normalement lorsque l'on mange ensemble et partage dans la joie un repas, les choses les plus simples prennent une saveur particulière, à tel point que devant un simple morceau de pain on s'exclame : " que c'est bon ! " Célébrer l'Eucharistie et faire aujourd'hui mémoire spéciale et solennelle de ce mystère qui rythme et nourrit le chemin de l'Eglise, signifie se souvenir et évoquer combien le Seigneur est bon jusqu'à se faire bon pour nous, bon comme le pain, et même d'en nourrir notre chemin de liberté dans ce qu'il a de " désert" ( Dt 8, 2 ) au quotidien de notre vie. Le Deutéronome nous exhorte à " ne pas oublier " ( 8, 14 ), non seulement combien le Seigneur était présent sur le chemin de son peuple pour le faire sortir de la terre d'Egypte, mais aussi " comment" il a accompagné amoureusement et fermement le drame de ce lent processus d'une prise de conscience, promesse essentielle de tout chemin authentique de libération " pour t'humilier et te mettre à l'épreuve, pour savoir ce que tu avais dans le coeur " ( 8, 2 ).

          Le péché fondamental est l'amnésie. L'Eucharistie est le médicament qui nous soigne de cette maladie possible avec la thérapie de la mémoire qui se fait mémorial : " En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et ne buvez pas son sang, vous n'avez pas la vie en vous "  ( Jn 6, 53 ). La vérité à laquelle fait référence le Seigneur Jésus, n'est pas une vérité abstraite, même si elle est dogmatique, mais c'est une vérité relationnelle qui se nourrit de contact intime et de mémoire ardente. L'Eucharistie est toujours un moment privilégié même s'il n'est pas unique, où nous pouvons renforcer le lien avec le Seigneur et alors, même retisser ce qui s'est déchiré. La mémoire que l'Eucharistie renouvelle  est le mémorial d'un amour qui nous précède et nous accompagne toujours vers ce que nous pouvons continuellement fonder et refonder dans notre vie et nos relations humaines, afin qu'elles soient toujours plus signes de la grâce d'un amour qui se donne sans mesure.

          La question que se posent les auditeurs de Jésus, alors même qu'ils étaient nourris du pain multiplié et partagé, trahit un manque de compréhension de ce geste : " Comment peut-Il nous donner sa chair à manger ?" ( 6, 52 ) Tout comme Il a multiplié et partagé le pain, le Seigneur veut nous donner tout son être, comme le désire d'ailleurs celui qui aime. Isaac Siro dit : " Ce qui arrive au poisson lorsqu'il se trouve hors de l'eau, arrive au disciple quand il perd la mémoire de Dieu et se disperse en suivant la logique du monde "1. La mémoire de l'amour du Christ en qui se manifeste l'éternel désir du Père pour notre humanité créée, devient ainsi un médicament pour guérir notre coeur au contact du feu de la divine compassion. L' Eucharistie nous est donnée pour guider notre intelligence à travers la connaissance intime et transformante des mystères ; pour guérir notre mémoire, remplissons-la du souvenir de la beauté sublime qu'est le mystère du Christ Seigneur, par qui nous sommes appelés à devenir le Corps offert pour la joie de toute l'humanité.

 

1. Isaac Siro, Traité, 43