Aujourd'hui, la parole

Ton nom est Vivant, alleluia !
Saturday, 23 May 2020
Ascension du Seigneur ( Ac 1, 1 - 11 / Ps 46 / Eph 1, 17 - 23 / Mt 28, 16 - 20 )             Au début du second volume, l'évangéliste Luc commence son oeuvre en disant de Jésus : " C'est à eux qu'il s'est...

II Dimanche de Pâques

( Ac 2, 42-47 / Ps 117 / 1 P 1, 3-9 / Jn 20, 19 -31 )

 

          La première lecture de cette liturgie nous fait entrer dans le mystère de la résurrection comme un paradigme de vie : " Ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières " ( Ac 2, 42 ). La première communauté des croyants, comme chaque communauté de tout temps et de tout lieu, devient elle-même sacrement de la force et du fruit de la résurrection. Tout ceci se révèle dans une capacité, non seulement nouvelle, mais capable de rénover continuellement les rapports en retissant les relations de façon profonde et durable. Si la mort représente la rupture, la résurrection affirme l'espérance et la possibilité de reprendre toujours les chemins de la communion et de l'amour. La litanie du psaume responsorial, non seulement nous le rappelle, mais nous demande aussi de le chanter continuellement non seulement en paroles, mais par toute notre vie : " Eternel est son amour " ( Ps 117 ).

          Il semble que pour cela, le Seigneur retourne " huit jours après "  (Jn 20, 26 ) et se met au centre de la communauté des disciples profondément blessés. L'évangéliste note que " Thomas était avec eux ". Le groupe des disciples est à nouveau au complet, mais pas encore vraiment restauré. Le Seigneur ressuscité se présente comme un médecin qui souhaite le bien le plus grand et le plus important : " La Paix soit avec vous ! " ( Jn 20, 21 et 26 ). Si ceci est le don que le Ressuscité donne et redonne à ses disciples qui, à la veille de sa Passion sont appelés tendrement " amis ", c'est le signe que nous en avons le plus besoin. Et encore : si le premier don est celui de donner au monde, en son nom, le pardon ( cf Jn 20,23 ), alors, il est clair que la capacité de se laisser pardonner et de pardonner est le signe que la mort du Seigneur Jésus n'a pas été vaine.

          Au milieu de ses disciples, la présence du Ressuscité est capable de " fractionner " ( Ac 2, 42 ) encore une fois sa propre vie comme un don qui redonne la paix. Son corps ressuscité, mais toujours marqué de blessures indélébiles par son amère mais glorieuse passion, est offerte à l'Eglise comme le pain pour le chemin à travers l'Histoire. Le Seigneur Jésus vint " alors que les portes étaient fermées " ( Jn 20, 19 ) et il leur " montra ses mains et son flanc" ( 20, 20 ). La résurrection n'est pas une négation de la mort et de la souffrance, ce n'est pas un dépassement pacifique des conflits et des éches relationnels, c'est la révélation de la possibilité de créer un espace à une mesure d'amour toujours croissant et plus conscient. Alors que les disciples risquent d'être pris dans les filets du remors et de l'amertume de l'échec qui les blessent à mort, le Seigneur fait de ses blessures une révéation : l'on peut toujours recommencer à s'aimer et les éches de l'amour peuvent devenir dans l'amour les bases pour un amour plus grand et plus vrai, car plus conscient de sa propre vulnérabilité. Le corps ressuscité et blessé du Christ nous libère de la honte de découvrir les blessures et les plaies de notre coeur qui, dans le pardon retrouve toute la paix et est capable de la fractionner en dons pour les autres. Nous pouvons faire nôtre la parole de Pierre : " Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître pour une vivante espérance " ( 1 P 1,3 ).

          La Liturgie byzantine chante ainsi : " Qui empêcha que la main du disciple se fondit quand elle toucha au flanc ardent du Seigneur ? Qui lui donna l'ardeur et la force de toucher les os enflammés  ? Si cette côte n'avait pas transmis le pouvoir à un droit de boue, comment aurait-elle pu toucher le signe des souffrances qui avaient secouées les régions supérieures et inférieures ? Mais, il a été donné à Thomas, cette grâce de le toucher et de crier au Christ : " Tu es mon Seigneur et mon Dieu"1.

Seigneur Ressuscité, viens et défonce nos portes barricadées par la peur, les regrets et les incertitudes de la crainte d'un échec qui nous écrase. Fractionne -nous, Jésus, comme des morceaux de pain, prends dans tes mains nos résistances et transforme-les en semences de vie, d'amour, dans une offrande qui apporte la paix à notre coeur et devienne un don à partager avec tous. Amen, Alléluia !

 

1. Anthologhion, III, pp. 212-213.