Aujourd'hui, la parole

Ton nom est Vivant, alleluia !
Saturday, 23 May 2020
Ascension du Seigneur ( Ac 1, 1 - 11 / Ps 46 / Eph 1, 17 - 23 / Mt 28, 16 - 20 )             Au début du second volume, l'évangéliste Luc commence son oeuvre en disant de Jésus : " C'est à eux qu'il s'est...

Sainte PÂQUES

 

          La Liturgie byzantine semble ne pas avoir assez de mots pour chanter la merveille de la résurrection du Seigneur : " aujourd'hui, c'est le printemps des âmes, car, de sa tombe, le Christ a brillé  le troisième jour, comme un soleil, fuyant l'hiver sombre de notre péché. La reine des saisons, escortant splendidement le roi des jours, fait les délices du peuple élu de l'Eglise, célébrant sans cesse le Christ ressuscité "1. Si la création chante et transforme le mystère de la résurrection par son exaltation du retour de la vie dans la nature, ce serait encore plus grandiose si nous devenions capables par l'intégralité de notre vie de devenir un témoignage du Christ Ressuscité. L'apôtre Paul nous exhorte : " Purifiez-vous donc des vieux ferments et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain azyme, le pain de la Pâque qui n'a pas fermenté " ( 1 Co 5, 6 ). Le symbole des pains azymes, inséparables de la célébration de la Pâque juive, devient pour l'apôtre le renvoi à la nécessité - pour chaque baptisé - de retrouver la voie de l'essentiel dans sa propre vie pour faire surgir l'homme nouveau capable de " sincérité et de vérité " ( 5, 8 ).

          En ces jours, où nous avons médité les récits de la Passion, il était difficile d'essayer de nous confronter à nouveau avec la malice, la méchanceté et l'hypocrisie, en un mot : avec le mal qui peut dominer le coeur et nous dicter des choix contre l'amour, choix qui sont toujours contre la vie. Paul nous rappelle qu'il est toujours possible de choisir de suivre un autre parcours. En réalité, il est toujours possible de ne pas fuir, par peur, les exigences d'une vie vraie et d'accepter ainsi une façon nouvelle de vivre qui commence toujours par une façon différente de mourir : " En effet, vous êtes morts et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu ! " ( Col 3, 3 ). Le temps pascal nous est offert, encore une fois, pour nous lancer dans cette aventure des retrouvailles intimes avec le Seigneur, alors que nous avons sûrement trahi, renié ou déposé dans le " sépulcre nouveau " l'évidence irréfutable de la mort.

          Au matin de Pâques, nous nous retrouvons, pour ainsi dire, exactement au même point qu'avant. Nous sommes à nouveau obligés de retourner au " sépulcre " ( Jn 20, 1 ) , un mot qui semble omnibuler la mémoire croyante et amoureuse de l'évangéliste Jean qui, en peu de versets,utilise cette parole sept fois. Alors qu'il semblerait plus logique de repartir d'ailleurs ou de continuer à vivre en se résignant à ce qui s'est passé, le défi de la foi et de l'amour nous fait repartir du même lieu où l'espérance a été ensevelie et cela afin d'éviter que l'amour aussi soit enseveli. Ce désir pousse Marie Madeleine à retourner, dès que possible, repos sabbatique oblige, non pas sur le " lieu du crime " comme l'écrirait un auteur de romans policiers, mais sur le " lieu de l'amour " le plus total et le plus absolu, car le plus fragile et le plus désarmé. L'évangéliste Jean souligne qu' " il faisait encore sombre " et, pourtant, aucune ténèbre ne peut empêcher de voir que " la pierre avait été enlevée du sépulcre". La même pierre qui avait scellé pour toujours la vie du Seigneur, est celle qui remet tout en route, obligeant non seulement à marcher, mais même à courir. En ce matin de Pâques , une pierre nous est lancée pour attirer notre attention, si souvent distraite, sur ce qui est essentiel : il ne suffit pas de voir, il faut aussi comprendre, il ne suffit pas de regarder, il faut aussi deviner. Marie Madeleine ouvre les danses pascales, comme Myriam, la soeur de MoÏse qui avait entonné le chant de la victoire au-delà de la Mer Rouge. Comme chaque danse, celle de Marie n'est pas qu' une invitation à danser, mais interpelle chacun de nous pour que nous puissions courir comme les apôtres, croire comme le disciple aimé et retrouver l'ardeur du " coeur" ( Lc 24, 32 ) en retrouvant l'essentiel du sens des Ecritures. Nous sommes ainsi mis en face de l'essentiel de la vie qui passe toujours par un " tour" nécessaire au sépulcre qui, comme un rond-point incontournable, nous permet de retrouver la bonne direction pour croire, espérer, aimer.

Ce matin aussi, une pierre semble sceller notre peur, la direction incertaine de notre vie, l'amour en lequel nous ne croyons pas assez. Mais ce matin, cette pierre laisse au contraire éclater la danse de la vie, la lumière qui nous inonde et qui est pour l 'éternité plus forte que la mort, que chaque mort. Et, nous courons, une course effrenée, sans aucune pierre d'achoppement, sur le chemin, mais avec seulement l'annonce chantée, criée....pleurée, souriante : nouveauté d'un coeur, sincère et vrai : "Le Seigneur est ressuscité, il est vraiment ressuscité. " Amen. Alléluia !

 

1. ANTHOLOGHION III, P. 210