Aujourd'hui, la parole

Ton nom est Vivant, alleluia !
Saturday, 23 May 2020
Ascension du Seigneur ( Ac 1, 1 - 11 / Ps 46 / Eph 1, 17 - 23 / Mt 28, 16 - 20 )             Au début du second volume, l'évangéliste Luc commence son oeuvre en disant de Jésus : " C'est à eux qu'il s'est...

V Dimanche de Carême

( Ez 37, 12 - 14 / Ps 129 / Rm 8, 8 - 11 / Jn 11, 1-45 )

 

          Désormais, les parfums de Pâques se font toujours plus proches jusquà les sentir en nous et autour de nous, et, avec Jésus, nous sommes aujourdh'ui à Béthanie, un lieu aimé, car rempli de signes et de souvenirs profondément marqués par les degrés variés et les diverses expressions de l'amour. Le long chapître de Jean scelle solennellement la première partie, ouvrant maintenant aux jours de la Passion et de la Résurrection. Le texte commence par deux notes profondément affectives : la mémoire anticipée du geste de Marie " qui répandit du parfum sur les pieds du Seigneur et les essuya avec ses cheveux" et l'évocation de Lazare, mystérieusement et désespérément malade qui est évoqué à Jésus comme " celui que tu aimes " ( Jn 11, 2-3 ). Au coeur du drame de la terrible perte d'un frère et d'un ami, se détache la figure de Marie à qui le Seigneur Jésus fait parcourir un chemin encore plus ardu que celui vécu par la Samaritaine au bord du puits de Jacob où se reflètent et se reconnaissent ses deux visages; pour Marie, il s'agit de l'abîme épouvantable de la mort - et de la mort qui touche de près - pour en faire sentir la morsure au point le plus sensible de l'âme.

          Notre itinéraire de Carême est sur le point de se conclure et comme chaque année, il fait de nous, spirituellement, de petits cathécumènes qui redécouvrent les sources de la grâce bâptismale. Si nous sommes comme Marie, nous avons besoin de passer de la revendication à Jésus " si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort" ( 11, 21 ) à une nouvelle façon d'entendre et de confesser, non seulement Jésus, mais aussi de vivre en relation avec notre propre frère. Marie arrivera finalement à dire de Jésus : " je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, Celui qui vient dans le monde " ( 11, 27 ). Si nous sommes en pleurs, comme Marie, il nous est demandé de faire un petit bout de chemin pour passer d'une concentration excessive sur nos sentiments à une purification et une unification semblables à ceux  du Christ. Les soeurs de Lazare, qui ne dit pas une seule parole ni avant, ni après la mort, devront apprendre à respecter une nouvelle identité profonde incluse dans la parole que jésus prononce sur l'appel à la vie, presque contre la volonté de Marie, qui semble s'être désormais résignée à sa mort : " libérez-le et laissez-le partir" ( 11, 44 ). A qui sont adressées ces paroles ? Et si elles étaient vraiment adressées à ces deux soeurs dont les paroles et les larmes semblent étouffer Lazare dans la mort comme c'était peut-être le cas dans la vie ?

          Différente, très différente est la façon d'aimer de Jésus. Différente, très différente est la façon de se faire aimer de Lazare......magnifiquement unique ! Nous pourrions dire en reprenant la très puissante image du psaume responsorial que cet amour ne vient pas seulement " des profondeurs " ( Ps 129 ), mais il se joue dans les profondeurs les plus mystérieuses du coeur, dont personne - sauf le " Père " ( Jn 11, 41 ) - peut en être l'authentique et le suprême témoin discret. La promesse du prophète Ezéchiel, non seulement s'accomplit, mais se réalise pleinement : " Vous revivrez, je vous donnerai le repos " ( Eze 37, 44 ). L'exhortation de l'apôtre devient pour nous une véritable consolation même quand tous les réconforts semblent dissous : " Je donnerai la vie même à vos corps mortels " ( Rm 8, 11 ). Pour nous aussi, c'est l'invitation à convertir notre vie pour la faire sortir de tout ce qui l'emprisonne dans les bandelettes de la mort et apprendre à aimer profondément pour devenir vraiment capables de partir et de nous en aller vers la vie.

Seigneur, appelle-nous hors du sépulcre où nous enfermons notre coeur par peur de la vie, parfois si effrayante. Répète pour nous, Jésus, les paroles que tu as adressées à Lazare, demande pour nous entière liberté de vivre et de nous en aller. Donne-nous le courage de te répondre, de libérer le coeur et de le laisser aller où tu nous appelles, où nos frères nous attendent, où l'amour sera notre demeure, notre but, notre Pâque pour toujours, Kyrie eleison !