Aujourd'hui, la parole

Convertir... s'en aller
Saturday, 28 March 2020
V Dimanche de Carême ( Ez 37, 12 - 14 / Ps 129 / Rm 8, 8 - 11 / Jn 11, 1-45 )             Désormais, les parfums de Pâques se font toujours plus proches jusquà les sentir en nous et autour de nous, et, avec Jésus,...

IV Dimanche de Carême

( 1 S 16 passim / Ps 22 / Eph 5, 8 - 14 / Jn 9, 1 - 41 )

 

          En ce dimanche, la couleur violette s'atténue vers un rose où se reflète, non seulement la floraison de la création sous les vents printaniers, mais aussi la joie croissante pour l'éminence de la Pâque du Seigneur. L'invitation de la liturgie : " réjouis-toi Jérusalem, exultez à cause d'elle, vous tous qui l'aimez. Soyez pleins d'allégresse avec elle, vous tous qui étiez dans la tristesse" ( Antienne d'ouverture ) trouve son explication dans le geste que le Seigneur accomplit pour cet " homme aveugle de naissance " ( Jn 9, 1 ) que tout un chacun peut se représenter. Comme dans la parabole du fils prodigue, si nous pouvons nous reconnaître dans le fils cadet ou dans l'aveugle à qui le Seigneur donne la possibilité de voir d'abord et de le reconnaître tout de suite après, nous sommes appelés à évaluer combien restent encore en nous de sentiments amers et suspects du fils aîné et des disciples qui interrogent le Seigneur Jésus sur : " qui a péché....pour qu'il naisse aveugle " ( 9, 2 ) et, plus tristement encore des " pharisiens" ( 9, 13 ) qui, au lieu de se réjouir semblent déchaîner une guerre sans limite contre tous.

          La parole de Dieu nous aide à comprendre que chaque chemin de conversion et de guérison est toujours et avant tout un geste de nouvelle création qui a comme protagoniste le Créateur de toute chose, en personne. Face à cet aveugle qui ne demande rien et consent à tout, nous sommes appelés à redécouvrir notre nature fondamentale de créature. Ce qui change la vie de cet homme sans nom et à qui nous pouvons prêter le nôtre, est le fait que le Seigneur " en passant", le " vit " ( 9, 1 ). Ce qui permet à cet aveugle de voir est sa dispoibilité à se laisser guider d'une façon si inédite et si nouvelle, jusqu'à donner à sa vie une lumière complètement différente. A Jérusalem se répète ce que Samuel apprit à Béthleem : " ce qui compte, ce n'est pas ce que l'homme voit.....le Seigneur voit le coeur " ( S 16, 9 ). Le Seigneur Jésus est capable de voir comme un véritable " prophète" ( Jn 9, 17 ) les profondeurs de l'homme, mais il est aussi capable de mettre à nu la cécité qui complote contre lui, pour atteindre simplement le Maître. L'amère conclusion de l'évangile nous laisse le coeur profondément attristé : " Si vous étiez aveugles, vous n'auriez pas de péché, mais du moment que vous dites : " nous voyons" ! votre péché demeure" ( 9, 41 ).

          L' apôtre Paul nous indique la route pour ne pas rester dans les ténèbres de notre terrible auto-suffisance : " le fruit de la lumière est dans toute bonté, justice et vérité " ( Eph 5, 9 ). Cela semble manquer à ces pharisiens qui se montrent incapables de se réjouir pour la vie d'un homme qui, finalement, peut voir. Il semble surtout manquer à ces pharisiens cet esprit dont sont contaminés également les disciples, qui n'acceptent d'aucune façon - et avec une fureur effrayante - que l'on puisse regarder le monde d'une façon si différente pour ne pas avoir besoin de rechercher morbidement l'indice des " péchés " ( Jn 9, 34 ) mais bien au contraire, les semenses de beauté et d'innocence qui gisent enfouies sous chaque épreuve de souffrance. Alors que les pharisiens semblent semer suspicion sur tout et tous, réussissant même à dénaturer par la " peur " l'instinct naturel de protection des parents envers leur fils, le Seigneur Jésus n'arrête pas de se révéler semeur d'étoiles au milieu de nos ténèbres : " Tu l'as vu, c'est Lui qui te parle" ( 9, 37 ) et il le fait jusqu'à risquer d'être maltraité et refusé par nous ! La Pâque du Seigneur veut ouvrir notre coeur pour regarder le monde à la manière de Dieu, croyant et espérant - chaque jour - pouvoir recommencer du début à croire, espérer et aimer...Oui, recommencer à regarder et à se laisser regarder doucement et gratuitement.

Kyrie Eleison ! Regarde-nous, Seigneur, regarde notre pauvreté et notre cécité. Nous te promettons de ne pas dissimuler à tes yeux nos misères, mais de nous laisser regarder et purifier par toi et la force vivifiante de ton Amour. Seigneur Jésus, ton regard éclaire et illumine notre vie et rend aussi plus profonds et vigilants nos propres yeux qui peuvent alors devenir capables de découvrir les dons que tu poses sur notre chemin, le trésor caché du bien admirable et profond que tu nous donnes chaque jour.