Aujourd'hui, la parole

En vue de ?
Saturday, 04 July 2020
XIV Dimanche du T.O. ( Za 9, 9 - 10 / Ps 144 / Rm 8, 9 - 11 - 13 / Mt 11, 25- 30 )   Le livre du prophète Zacharie qui ouvre la Liturgie d'aujourd'hui, évoque les temps glorieux des conquêtes...

III Dimanche de Carême

( Ez 17, 3 - 7 / Ps 94 / Rm 5, 1 - 2. 5 - 8 / Jn 4, 5 - 42 )

 

          Un texte d'Augustin nous aide à entrer dans la méditation de la rencontre entre le Seigneur Jésus et la samaritaine : " fatigué par la route, il s'était donc assis sur le puits. C'était environ la sixième heure. Les mystères commencent. Ce n'est pas pour rien, en fait que Jésus se fatigue, ce n'est pas pour rien que la force de Dieu se fatigue...C'est pour toi que Jésus s'est fatigué pendant le voyage. Nous voyons Jésus plein de force et nous le voyons faible : il est fort et faible "1. Le Seigneur Jésus essaie de rencontrer notre humanité assoiffée et il se met sur notre route en nous attendant près de ce " puits" ( Jn 4, 6 ) où nous devons retourner chaque jour pour puiser un peu de vie. Le Seigneur Jésus nous attend et au lieu d'être dans une attitude de force, il met sous nos yeux le spectacle de notre faiblesse sans nous dire qu'elle nous appartient, mais en nous donnant l'impression - au moins pour un instant - d'être nous-mêmes du côté de la force : " Seigneur, tu n'as pas de seau et le puits est profond..." ( 4, 11 ). Dans toute la tradition biblique, le puits est le lieu pour courtiser ( cf Gn 24 ) et c'est justement près de ce puits, où pour la première fois, Jacob a vécu un sentiment profond d'amour envers Rebecca, que le Seigneur Jésus commence à faire la cour à notre humanité blessée et mendiante et ainsi " Dieu démontre son amour envers nous " ( Rm 5, 8 ).

          Certains ont pu voir dans ce texte la manifestation de " l'art érotique"2 de Jésus. Je pense que l'on peut dire que, dans cette histoire, l'évangéliste Jean nous révèle tout l'art de Jésus de s'intéresser à une relation avec cette femme, que, justement dans ses relations les plus intimes et significatives, nous savons profondément blessée : " je n'ai pas de mari..." ( Jn 4, 17 ). Un long cheminement a été demandé à cette femme par le Seigneur Jésus avant d'arriver à pouvoir confesser toute sa douleur et manifester ses désagréments. Toute la discussion précédente sur la " vérité" et sur le " temple " s'estompe devant la nécésité de dire le " vrai " de soi-même qui est le premier pas, inévitable et esentiel pour pouvoir rencontrer " un homme " ( 4, 25 ) capable d'être le " septième ", le véritable homme de sa vie, car capable de réveiller le meilleur de notre humanité assoiffée de reconnaissance, d'accueil et d'amour. Par son attachement et son art de séduction, le Seigneur nous révèle que l'unique façon de permettre à l'autre d'être vrai est de se positionner dans une attitude de faiblesse et non de force afin de permettre d'aller au-delà de toute honte de soi et sur soi.

          A la question un peu violente et donc exigente et désespérée du peuple au désert : " le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? " ( Ez 17, 7 ), le Seigneur Jésus répond : " fatigué par le voyage " ( Jn 4, 6 ). Avant de venir à notre rencontre avec sa puissance de salut, le Seigneur vient à nos côtés pour partager notre faiblesse. Et, même, il se montre encore plus mendiant que nous jusqu'à être un peu moqué par cette femme qui, assurément a dû connaître dans sa vie beaucoup d'hommes différents de celui - ci qui écoute de façon plus " profonde " depuis ce puits où chaque jour il cherche à trouver un seau d'espérance  en demandant de l'aide avec faiblesse. Nous pourrions nous aussi faire partie du choeur des samaritains qui acclament Jésus comme " le sauveur du monde " ( 4, 42 ) dans la mesure où nous l'aurons découvert, selon une belle expression d'Isaac Siro comme " le grand expert de notre faiblesse".

Nous sommes mille fois adultères, nous, prêts à mentir à nous-mêmes et à juger les autres, souvent en recherche d'échappatoires trop faciles. Kyrie Eleison. Et, pourtant, au puits de la vie, il y a Toi, Seigneur Dieu, fidèle, comme un homme pauvre privé de seau pour puiser l'eau... comme un homme fatigué d'avoir assumé chacune de nos faiblesses, chaque infidélité , mais en nous inondant toujours et seulement d'amour. A Toi, Jésus, notre richesse et notre force qui rénove continuellement la grâce et l'infini étonnement de la rencontre, nous te rendons grâce, aujourd'hui et toujours.

 

1. Augustin, Traité sur l'Evangile de Jean, 15, 6

2. A. Fumagalli, Come lui ha amato, San Paolo 2010, p. 42