Aujourd'hui, la parole

Convertir... s'en aller
Saturday, 28 March 2020
V Dimanche de Carême ( Ez 37, 12 - 14 / Ps 129 / Rm 8, 8 - 11 / Jn 11, 1-45 )             Désormais, les parfums de Pâques se font toujours plus proches jusquà les sentir en nous et autour de nous, et, avec Jésus,...

II Dimanche de Carême

( Gn 12, 1 - 4 / Ps 32 / 2 Tm 1, 8 - 10 / Mt 17, 1 - 9 )

 

          Notre chemin de Carême nous emmène aujourd'hui vers une nouvelle étape qui a toute la saveur d'un nouveau départ. Quelques jours sont déjà passés depuis le moment où, recevant les cendres, nous avons repris notre route vers Pâques, comme des pélerins qui acceptent de traverser le désert de la reconnaissance et de la verbalisation de tout ce qui dans notre vie empêche la conversion de la conformité à l'Evangile. Aujourd'hui, le Seigneur Jésus nous conduit, nous aussi, " à l'écart " ( Mt 17, 1 ) avec et comme ses disciples, en nous donnant la possibilité de fixer notre regard sur son mystère relationnel au Père et à cette lumière de reprendre la route du désir de l'imitation. Par deux fois, en peu de versets, l'apôtre Paul fait référence à " l'Evangile " ( 2 Tm 1, 8 - 10 ) dont nous sommes appelés à conformer notre existence en le reconnaissant et en l'accueillant comme le " projet " de notre vie, à travers lequel nous pouvons réaliser - jour après jour - notre " sainte vocation " ( 1, 9 ).

          Le souvenir d'Abraham nous rappelle les façons et les exigences de chaque vocation : il faut  accepter de repartir chaque jour avec amour pour que notre route et notre chemin soient notre école et notre maison. La parole adressée à Abraham est lapidaire : " quitte ta terre " ( Gn 12, 1 ) pour marcher vers un futur qui lui appartient mais qu'il devra découvrir, jour après jour, tout en le rectifiant et en le refaisant. Ainsi, Pierre, Jacques et Jean sont appelés par Jésus à faire avec Lui un parcours intérieur assez exigeant et important qui les emmène enfin à porter leur regard sur " Jésus seul " ( Mt 17, 8 ). Comme l'explique Ephrem : " Il les conduisit sur la montagne et leur montra sa royauté avant de souffrir, sa puissace avant de mourir, sa gloire avant d'être outragé, et son honneur avant de subir l'ignominie. Ainsi lorsqu'Il serait arrêté et crucifié, ses disciples auraient compris que ce n'était pas par faiblesse, mais bien par consentement de de sa propre initiative pour le salut du monde "1.

          Nous sommes conduits sur la montagne pour ne pas craindre de suivre Jésus vers son mystère pascal, prêts à relire chaque pas de notre vie à la lumière de l'histoire du salut, mais prompts et décidés à conformer directement notre vie sur le modèle de celle du " Fils aimé " ( 17, 5 ) qui est le Fils offert et consentant. La transfiguration ne montre pas une autre réalité, mais elle nous présente la vérité de notre réalité qui devient lumineuse si elle est conforme à la logique du don de soi. Le temps du Carême nous est donné comme une occasion pour repartir, nous aussi, sur la parole du Seigneur qui veut faire de notre capacité de cheminer ensemble le lieu de bénédiction pour " toutes les familles de la terre " ( Jn 12, 3 ). Ceci exige que nous sachions aller - dans un véritable exode de nous-mêmes - au-delà de nos habitudes, de nos peurs, de nos résistences, pour marcher à côté de nos frères et au-dessus de toute suspicion et de chaque auto-référence. C'est seulement ainsi que nous nous ouvrirons à une véritable écoute capable de donner à notre vie des ailes toujours plus amples, qui nous permettent de nous élever au-dessus de nos petitesses, jusqu'à nous rendre capables de donner notre vie comme le Christ Seigneur. Dans la mesure où le regard de notre coeur se posera amoureusement sur " Jésus seulement ", il sera capable de retrouver le regard de chaque frère et soeur qui sont notre " maison " et notre " terre " ( Gn 12, 1 ) de bénédiction, lieu toujours possible de transfiguration à travers un regard d'amour où resplendit " la vie et l'immortalité à travers l'Evangile " ( 2 Tm 1, 10 ).

Seigneur Jésus, notre certitude, notre horizon, notre vie et notre but, protège chacun de nos pas, accompagne-nous et soutiens-nous pour que nous comprenions que nous sommes toujours en voyage, que nous bénissions nos tentes qui sont notre maison " en vol ", l'ami qui nous abrite, l'ombre qui nous entoure au crépuscule de chaque jour et à chaque aube nouvelle, qui nous surprend et nous remet sur notre sentier. Avec TOI, avec TOI, seulement, Seigneur, nous pouvons continuer le chemin. Kyrie Eleison !

 

1. Ephrem Siro : Homélie sur la transfiguration 1, 3.