Aujourd'hui, la parole

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Saturday, 28 March 2020
V Dimanche de Carême ( Ez 37, 12 - 14 / Ps 129 / Rm 8, 8 - 11 / Jn 11, 1-45 )             Désormais, les parfums de Pâques se font toujours plus proches jusquà les sentir en nous et autour de nous, et, avec Jésus,...

VII Dimanche du T.O.

( Lv 19, 1 - 2. 17 - 18 / Ps 102 / 1 Co 3, 16 -23 / Mt 5, 38-48 ) 

 

          La parole de l'apôtre Paul nous prend par la main pour nous emmener vers la porte étroite - jamais aussi étroite - que sont les exigences de l'Evangile : " Ainsi, il ne faut pas mettre sa fierté en tel ou tel homme. Car tout vous appartient, Paul, Apollos, Pierre, le monde, la vie, la mort, le présent, l'avenir : tout est à vous ! Mais, vous, vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu" ( 1 Co 3, 21 ). La parole adressée par Dieu à son peuple, à travers son serviteur Moïse, ne laisse aucun doute sur ce qui est l'unique et l'universel appel à la sainteté : " Parle à l'assemblée des fils d'Israël et tu leur diras : soyez saints, car moi, votre Dieu, je suis saint " ( Lv 19, 2 ). Contrairement à chacune de nos expectativeS et brisant radicalement tous nos rêves de sainteté et nos pieuses imaginations sur la sainteté, le Lévitique déjà élargit l'horizon de façon si absolue qu'autant surprenante : " tu ne haïras pas ton frère....tu ne te vengeras pas...." ( 19, 17-18 ). Le psaume nous aide à trouver le fondement de cette façon d'être au monde et ce fondement se trouve et se décide dans une mémoire qui nous concerne personnellement : " il n'agit pas envers nous selon nos fautes et ne nous rend pas selon nos offenses" ( Ps 102, 10 ).

          Si les choses sont ainsi, alors, la parole enflammée du Seigneur ne nous émerveille pas seulement, mais devient la conséquence logique d'un consentement clarifié pour une miséricorde reçue qui devient disposition à l'élargir dans chaque occasion de la vie, même, et surtout, celles les plus rudes. La question que le Seigneur nous pose est capable de retourner la façon habituelle dont nous affrontons quotidiennement la vie et les relations qui la parcourent : " en effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle est votre récompense ? " ( Mt 5, 46 ). Cette provocation est une source continuelle d'illumination et de purification car elle nous renvoie radicalement à nous-mêmes en nous aidant à ne pas nous laisser capturer jusqu'à être emprisonnés par les choix et les comportements des autres, dont la plus terrible desillusion serait celle de nous changer jusqu'à nous faire perdre notre identité, et, plus gravement, notre ressemblance avec " notre Père qui est aux cieux " ( 5, 44 ).

          Alors que nos fatigues relationnelles risquent de nous prendre au piège et de nous dé-naturer, le Seigneur Jésus nous demande de nous libérer jusqu'à élargir radicalement l'horizon pour ne pas être prisonniers de nos peurs. C'est nous qui nous répétons intérieurement que l'on ne peut supporter d'autre mesure et que la loi du Talion est une loi d'humanité et de justice. Mais, si nous prenions cette route, quel avenir y aurait-il pour notre humanité ? François d'Assises le dit de façon simple et efficace : " Aimer vraiment son ennemi est avant tout ne pas se plaindre des torts reçus. Et, c'est éprouver de la douleur pour le péché que l'autre a commis comme une offense à l'amour de Dieu  et c'est aussi lui prouver, dans les faits, que nous l'aimons toujours. " J'ai commis un péché ? C'est la faute du démon ! J'ai subi une injustice ? C'est la faute des autres ! " Voilà la façon de faire de beaucoup de chrétiens. Mais ce n'est pas aux autres qu'il faut faire endosser la faute : chacun de nous a l'ennemi entre ses mains ; l'ennemi est l'égoïsme qui nous fait tomber dans le péché. Bienheureux le serviteur qui maintenant tiendra toujours cet ennemi enchaîné, consigné entre ses mains, et saura s'armer de sagesse contre lui ; s'il agit ainsi, aucun autre ennemi, visible ou invisible ne pourra lui faire du mal "1.

 

1. François d'Assises, Ammonizioni, 9-10.