Aujourd'hui, la parole

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Saturday, 04 April 2020
 DIMANCHE DES RAMEAUX             Au coeur de l'évangile selon Mathieu  est inclus, comme une perle incrustée dans le coeur de son message, un enseignement qui se fait invitation : " Apprenez de moi que je suis doux et...

III Dimanche du T.O.

( Is 8, 23b - 9, 3 / Ps 26 / 1 Cor 1, 10-13.17 / Mt 4,12-23 )

 

           Il ne s'est pas passé beaucoup de temps depuis la célébration du mystère de Noël et nous portons encore dans le coeur le refrain insistant qui a rythmé la contemplation de l'Incarnation : " Le Verbe s'est fait chair et Il a habité parmi nous". Aujourd'hui, la Liturgie nous met face à une image du Seigneur qui touche notre coeur : " il quitta Nazareth et alla habiter Capharnaüm, au bord de la mer " ( Mt 4, 13 ). Mathieu, comme il l'a déjà fait d'autres fois, souligne le fait que cela arriva " pour que s'accomplisse ce qui avait été dit par le prophète Isaïe " ( 4, 14 ). La première lecture nous fait relire entièrement ce texte que nous retrouvons chaque année au temps de Noël " le peuple qui marchait dans les ténèbres vit une grande lumière et sur les habitants du pays de l'ombre une lumière a resplendi ". ( Is 9, 1 ) Le texte de l'évangile nous aide à comprendre, non seulement la réalité de l'accomplissement des promesses prophétiques, mais nous donne aussi une lumière pour mieux nous faire comprendre précisément comment ces promesses s'accompliront. Si le Seigneur Jésus reprend les paroles du prophète Jean qui vient à peine d'être " arrêté " ( 4, 12 ), il donne aussi à l'invitation de se convertir, une saveur complémentaire nouvelle : " venez à ma suite..." (4, 19 ).

          En réalité, pour le Seigneur Jésus, habiter ne signifie pas s'installer, mais se mettre en route donnant ainsi à la vie de notre humanité un horizon toujours plus ample et, par plusieurs aspects, plus désirable. Un moine contemporain remarque avec un regard aigu et imaginatif : " mais, les Galiléens ne bougeaient plus, eux, ils se laissaient vivre " Et il se demande : " notre torpeur est-elle moin grave que la leur ?" La réponse, la voici : " Alors, apparut Jésus, l'homme capable de rêver et il ondula le lac de la vie, comme le vent qui réanime le lac agonisant et par un regard il rajeunit le temps" ( 2 ). Quand le Seigneur Jésus quitta sa Nazareth et s'en alla vivre seul à Capharnaüm, il créa autour de Lui un mouvement de vie qui permit aussi aux disciples de laisser derrière leurs épaules la vie de toujours pour aller " au-delà " de soi-même, sans jamais oublier d'être ce qu'ils sont - " des pêcheurs " - mais avec un regard et une ampleur inimaginable jusqu'à ce moment de rencontre qui a remis en mouvement la vie.

          Quand Paul rappelle aux Corinthiens qu'il n'a pas été " envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l'Evangile " ( 1 Co 1, 17 ), il ne fait rien d'autre que de souligner que la mission la plus importante et la plus précieuse en faveur des hommes de tout temps, est de leur donner l'espoir d'habiter la vie sans y être prisonniers, mais en pouvant espérer toujours plus et toujours mieux.

          Au deuxième siècle a été instituée la fête de la sainte Famille, nous pourrions instituer la fête du moment où le Seigneur Jésus s'en va vivre seul.

 

3. G. de MENTHIERE, Magnificat ( 254 ) Janvier 2014, p. 352-353