Aujourd'hui, la parole

Vous êtes
Saturday, 08 February 2020
V Dimanche du T.O. ( Is 58, 7-10 / Ps 1 / 1 Cor 2, 1-5 / Mt 5, 13- 16 )             La parole du Seigneur Jésus nous rejoint avec la délicatesse et la force d'un rayon de lumière, elle nous fait réagir par la...

II Dimanche du T.O.

( Is 49, 3. 5-6 / Ps 39 / 1 Cor 1, 1-3 / Jn 1, 29-34 )

 

          La révélation racontée par l'épisode évangélique d'aujourd'hui, comporte un double mouvement. Le premier est accompli par Jésus vers le Baptiste. Le Seigneur vient intentionnellement à sa rencontre, il ne se laisse pas chercher ou confondre parmi les autres personnes. L' Emmanuel, que nous avons contemplé  au temps de Noël, se déplace vers chacun de nous. Il vient vraiment nous rencontrer personnellement, de coeur à coeur. Le second mouvement est accompli, par contre, par Jean : c'est le mouvement par lequel il rencontre réellement Jésus. Il n'y a rien de spontanné ou d'immédiat dans la vision de Jean : c'est le fruit d'un voyage intérieur, un exode profond vécu au plus intime. Sa confession le révèle :  " Je ne le connaissais pas". Qui sait, en effet, comment Jean, le dernier des prophètes, le fustigateur des comportements personnels et communautaristes du peuple élu, s'imaginait le Messie.

          Le Baptiste avait fait de l'annonce de la venue du Christ, désormais proche, sa raison d'être et maintenat il doit discuter avec Jésus qui lui demande d'être baptisé comme un quelconque pécheur. Un chamboulement total : il s'attendait à un envoyé du ciel et c'est le dernier parmi les derniers qui arrive d'en-bas. Un monde intérieur de sentiments, d'images, d'attentes a dû s'écrouler. Le prophète est nu face à Dieu qui lui demande de sortir de ces macérations intérieures pour se laisser conduire docilement vers l'attente de la bonne nouvelle, en laissant tomber ses derniers préjugés. Sa foi nue est si grande que Jean, dépassant la désillusion et l'incapacité de trouver les mots pour indiquer Jésus Messie, utilise de façon inédite des images bibliques, des icônes qui aujourd'hui encore sont pour nous des fenêtres inépuisables sur le mystère de l'Incarnation : " Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde". Notre Dieu n'est pas un Dieu-qui-donne, mais c'est un Dieu-qui-se-donne. 

          Les images de Dieu, même les plus chéries, sont à vivre comme provisoires, en acceptant d'aller au-delà, sans les transformer en prisons de l'âme. L'image de la " lumière des nations" ( Is 49, 6 ) prophétisée par Isaïe, se concrétise dans celle de " l'Agneau " en qui le Précurseur reconnaît le " Fils de Dieu " ( Jn 1, 34 ) dans une présence symphonique de toute la divinité qui fonde la complétude de notre humanité : " Celui sur qui tu verras descendre et reposer l'Esprit, c'est Lui qui baptise dans l'Esprit Saint" ( 1, 33 ). L' apôtre Paul confirme et dilate ultérieurement le témoignage du Baptiste quand il bénit et appelle : " à être saints avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre. A vous la grâce et la paix de la part de Dieu, notre Père et du Seigneur Jésus Christ" ( 1 Co 1, 2-3 )car le Seigneur  continue à venir vers nous en attendant que nous soyons capables de faire un pas vers Lui.

          Nous répétons les paroles du Baptiste chaque fois que nous rompons le pain de l'Eucharistie pour qu'il nourrisse et soutienne l'espérance de tous ceux qui le reçoivent. C'est comme si le Seigneur Jésus fragmentait la vie divine comme on le fait pour un enfant ou un malade afin qu'il déglutisse la vie divine pour qu'elle nourrisse notre humanité en lui restituant la plénitude de sa lumière. Selon la prophétie d'Isaïe, le Seigneur ne veut pas nous charger du poids de la présence de Dieu au milieu de nous, mais il vient nous le communiquer avec amour et tendresse dans l'image de l'agneau immolé. Si nous nous nourrissons de Lui, nous ne pourrons que devenir des agneaux comme Lui.