Aujourd'hui, la parole

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Saturday, 25 January 2020
III Dimanche du T.O. ( Is 8, 23b - 9, 3 / Ps 26 / 1 Cor 1, 10-13.17 / Mt 4,12-23 )              Il ne s'est pas passé beaucoup de temps depuis la célébration du mystère de Noël et nous portons encore dans le coeur...

Baptême du Seigneur

( Is 42, 1-4. 6 -7 / Ps 28 / Act 10, 34-38 / Mt 3, 13-17 )

 

          Voici le commentaire d'un moine contemporain " laisse faire pour le  moment ". Paradoxalement, c'est sans doute le commandement le plus difficile. Jean Baptiste refusa de laver le Seigneur et Simon Pierre de se laisser laver les pieds par Lui. Nous voudrions tellement réaliser de grandes choses pour le Seigneur ! Cela nous plairait de prendre en mains les affaires du Bon Dieu, de conduire l'Eglise, notre paroisse, notre communauté, notre existence....à notre façon. Alors, oui, les choses fonctionneraient ! Ainsi l'Evangilie serait un investissement réussi et de notre côté, nous serions de gentils entrepreneurs du christianisme. En réalité, nous ne sommes pas appelés à faire nôtre l'oeuvre de Dieu, mais à accomplir l'oeuvre qui est de Dieu. Cela exige de " faire baptiser notre logique humaine en l'immergeant dans les flux impétueux et subversifs de l'amour" ( 2 ). La tradition byzantine qui ressurgit dans les grandes oeuvres occidentales, nous montre le Seigneur Jésus totalement nu, alors qu'il est immergé dans les eaux fluviales du Jourdain. Dans le mystère de son baptême, le Seigneur est plus nu que sur la croix et, alors que souvent l'on montre en occident l'Enfant de Bethléem, nu, la tradition byzantine le représente toujours totalement emmailloté. Au centre de l'icône, il y a le Seigneur Jésus, dans toute la beauté et la dignité de son corps humain, assumé par le Verbe éternel du Père et autour de cette humanité entièrement réussie et absolument sereine, le monde entier et son histoire semblent tourner : le Père prend la parole, l'Esprit plane encore sur les eaux et les envoloppe de grâce infinie, les anges sont tout autour et pleins d'étonnement, pendant que Jean Baptiste est obligé de baptiser l'auteur de la vie et de la sainteté.

          Le Christ par son corps et sa nudité n'est pas un enfant qui s'émeut , il se présente comme Seigneur qui se montre amoureux de notre humanité afin que nous n'ayons pas honte de nous. Il nous représent tous, sans oripeaux qui distinguent et séparent. Comme un époux, le Seigneur se dévêt pour les noces : Lui n'a pas honte de nous. C'est à nous, désormais de nous dévêtir du vieil homme pour ne pas avoir honte de Lui.

          La fête du Baptême du Seigneur conclut le temps de Noël et déjà l'on sent les parfums de Pâques qui nous font ressentir toute la nécéssité de traverser les chemins quotidiens de purification et d'illumination. La parole prononcée sur le Seigneur Jésus est encore une fois prononcer sur chacun de nous : " ceci est mon Fils bien aimé  en qui je trouve ma joie". ( Mt 3, 17 ). Le Seigneur Jésus se révèle comme l'Adam nouveau qui ne craint pas sa propre nudité, mais se révèle dans son entière nudité comme habité d'un amour qui ne connaît aucune peur, aucune honte, aucune confusion. De cette façon, notre chemin baptismal est tracé et continuellement retracé pour coïncider avec notre vie toute entière. Ce que Pierre dit du Seigneur, c'est ce que chacun de nous est appelé à expérimenter, tout d'abord, pour ensuite pouvoir en témoigner : " car Dieu était avec lui" ( Act 10, 38 ). Tout cela exige un style qui est décliné dans les paroles du prophète : " Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, il,ne fera pas entendre sa voix au dehors. Il ne brisera pas le roseau qui fléchit, il n'éteindra pas la mèche qui faiblit" ( Is 42, 2 ). La première parole est " laisse faire" et parmi les dernières paroles du Seigneur, nous trouverons celle adressée à Judas et aux disciples : " Laissez-la/faire ".

 

1. Guillaume de Monthière, Magnificat ( 254 ) Janvier 2014 p. 160-161