Aujourd'hui, la parole

En vue de ?
Saturday, 04 July 2020
XIV Dimanche du T.O. ( Za 9, 9 - 10 / Ps 144 / Rm 8, 9 - 11 - 13 / Mt 11, 25- 30 )   Le livre du prophète Zacharie qui ouvre la Liturgie d'aujourd'hui, évoque les temps glorieux des conquêtes...

La Sainte Famille

( Si 3 passim / Ps 127 / Col 3; 12 - 24 / Mt 2, 13, 19 - 23 )

 

          Les premières deux lectures de la Liturgie nous parlent du mystère de la famille, d'une manière que l'on pourrait qualifier au rabais. Le Siracide ne nous parle ni d'amour, ni d'attachement affectif, encore moins d'idéaux familiaux liés à la compréhension et à l'envie de rester ensemble. Il nous exhorte plutôt à être " indulgents" ( Si 3, 12 ) accomplissant ainsi " une bonne action ' ( 3, 14 ). Le son de cloche de St Paul n'est en rien plus exaltant, lorsqu'il confirme une certaine soumission de la femme à l'homme bien que revue et corrigée par son exhortation qui n'est certes pas plus glorieuse que celle explicitée par le Siracide : " supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement si vous avez des reproches à vous faire" ( Col 3, 13 ). De cette façon, la réalité de la famille comme symbole de réalité de vie partagée est dépouillée d'idéalisme assez attrayant pour être incarné dans la réalité du quotidien , à force de s'exposer au risque de la relation à l'autre comme un devoir d'amour d'où la part du sentiment n'est certes pas prépondérante.

          L'Evangile nous offre une sorte d'album à photos de la famille du Seigneur avec quelques instantanés qui retracent la réalité de Joseph et de Marie entièrement dévoués à protéger la vie de " l'enfant ( Mt 2, 13 ). Le fait est que, par trois fois, un avertissement " en rêve" prévient de ce qu'il convient de faire pour protéger et accroître la vie menacée de cet enfant reçu comme un don qui a bouleversé la vie tout en étant la plus grande joie de l'existence de Marie et de Joseph. L'insistance sur ce " rêve" peut être comprise comme une intervention miraculeuse qui fait presque de la vie et des choix de Joseph des réalités téléguidées d'en-haut de façon distincte et claire. Mieux encore, le fait que Joseph, avant la naissance même, continue de rêver de cet enfant et de ce qui le concerne est le signe que toute l'attention de son coeur, jusqu'aux profondeurs de l'inconscient, est concentrée amoureusement sur le bien-être de cette créature où se révèle un visage inédit de Dieu : un Dieu qui s'est fait enfant et se met entre nos mains pour déjà être livré : " Hérode, en effet, voulait chercher l'enfant pour le tuer".

          L'image que l'Evangile nous offre de la famille qui accueille de Verbe fait chair est d'une réalité radicale par la difficulté quotidienne de chercher les chemins les plus adéquats pour sauvegarder et agrémenter la vie, et le premier signe de cela est la capacité d'accueillir les risques de la vie comme lieu de pélerinage dans la foi. Joseph scrute tous les signes et cherche de comprendre ce qui peut être le mieux pour l'enfant jusqu'à reprendre continuellement la route , mais en sachant aussi changer de programme, en se fiant à son intelligence et en se laissant guider par l'intuition de l'amour paternel appelé à orienter la vie d'un fils: " Mais, quand il apprit qu'en Judée règnait Arkélaüs, à la place de son père Hérode, il eut peur d'y aller". ( 2, 22 ) Un des risques encourru par la famille du Seigneur est celui de descendre se réfugier " en Egypte" ( 2, 14 ), comme Abraham, comme Joseph, comme Moïse....Le Seigneur Jésus, depuis sa plus tendre enfance, a appris à rencontrer les autres dans leurs diversité. L' Egypte, lieu des morts et des idoles, mais aussi des initiatives mystérieuses et des arts les plus raffinés. En ces dernières décennies, l'on a beaucoup parlé de la vie " cachée" de Jésus à Nazareth, comme si c'était le prélude à sa vie publique ; en réalité, à Nazareth, le coeur du Verbe fait chair est pleinement révéle en cette capacité à assumer les risques de la vie sur terre et à se laisser aider et dilater à travers la rencontre avec le différent et le lointain. La Sainte Famille est le terrain humain qui a permis à Jésus de grandir, jour après jour, et où il apprend à être aimé et à aimer, à connaître le Dieu des Pères dans la prière et à découvrir le goût de vivre, les joies et les fatigues de la vie des hommes. Il apprend surtout de ses parents que l'épreuve n'est pas le signe d'u Dieu qui nous abondonne, mais d'un " Dieu qui court le risque de nous faire confiance". Cette " immigration interne" l'emmène à Nazareth, village jamais nommé dans tout l'Ancien Testament. Ce sera à partir de cette périphérie, encore une fois itinérante, que commencera l'annonce de la bonne nouvelle du Règne qui comportera pour Jésus la sortie définitive de sa propre famille. Ce qui semble manquer à la famille de Nazareth est un " logement" ( Lc 2 ), une " maison", mais, en réalité, l'unique vraie famille et l'unique vraie maison de tous et pour tous, est au sein de la Trinité.