Aujourd'hui, la parole

Mouvement
Saturday, 08 August 2020
   XIX Dimanche du T.O. ( 1 R 19, 9- 13 / Ps 84 / Rm 9, 1 - 5 / Mt 14, 22 - 33 )             Les lectures de ce dimanche nous donnent un peu le mal de mer ou, pour certains, le mal des montagnes....ou le mal des...

III Dimanche de l'Avent

( Is 35, 1 - 6. 8- 10 / Ps 45 / Jc 5, 7 - 10 / Mt 11, 2 - 11 )

 

          Jean Baptiste ne semble pas encore mûr pour accepter que la grandeur de Dieu se manifeste dans la faiblesse et la défaite. Quand il aura revu Jésus venir de loin, il revêtira une tendresse qui interrogera sa façon de ressentir et d'annoncer l'avènement enflammé du Règne de Dieu. La Liturgie nous fair sentir le travail intérieur de Jean et interroge aussi notre coeur pour comprendre ce que nous attendons vraiment du Seigneur, quand il arrive dans notre vie : " Jean qui était en prison , ayant entendu parler des oeuvres du Christ, envoya ses disciples pour lui demander : " es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?' " ( Mt 11, 2 - 3 ). Ce point d'interrogation qui semble macérer dans le coeur du Précurseur est pour nous un surplus de salut pour ne pas avoir à rougir de nos doutes et de nos fatigues en entrant dans cette logique évangélique qui nous demande, non seulement de mourir à notre égoïsme, mais aussi de laisser mourir une image que nous nous sommes faite de Dieu. Pour nous aussi, le risque de ressentir dans l'Evangile un " scandale" ( 11, 6 ) est un danger récurrent et presque imminent.

          Jean Baptiste a besoin de mûrir jusqu'à la fin de sa vie par rapport à sa sensibilité concernant la venue du Christ qui, même si elle comble ses espérances, lui demande, en même temps, personnellement, un cheminement de conversion sérieux et laborieux. Si c'est si difficile pour le Précurseur, nous pouvons bien imaginer combien nous avons nous-mêmes besoin de mûrir....et pas qu'un peu. Il n'est pas rare, en effet, que nous fassions de Dieu un soin palliatif et un remède à toutes nos ignorances et nos incapacités. La parole de l'apôtre Jacques nous donne la bonne perspective vers laquelle nous devons nous mouvoir intérieurement en assumant l'attitude patiente et à la vision lointaine de " l'agriculteur" qui " attend les précieux fruits de la terre avec patience, jusqu'à ce qu'il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive" ( Jc 5, 7 ). Nous sommes tenter de penser à Dieu comme à une réalité bien définie et magnifiquement redéfinie à laquelle il n'y aurait rien à ajouter, alors que le Seigneur Jésus nous révèle l'image d'un Dieu qui nous met face au défi de devoir encore croître et mûrir et qui se remet entre nos mains pour nous faire voir qu'il reste tout à faire. 

           C'est pour cela que la parole du prophète, plus que consolatrice, est dynamisante et résonne comme un appel : " fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent..... courage " ( Is 35, 3 ). Tout est devant nous, comme un accomplissement et non comme une solution à enregistrer tout simplement pour ne pas dire, à subir. Des gestes du Seigneur Jésus, nous apprenons que tout est encore à faire et est remis entre les mains de notre liberté. Le mystère de l'Incarnation nous met face à la révélation d'un Dieu qui ne veut rien faire sans nous et qui est un Dieu en vérité car Il se révèle comme un souverain dépouillé qui ne fait pas violence à notre volonté et attend l'adhésion de notre amour créatif.

          Jean nous porte au seuil de l'accomplissement des promesses, comme Moïse qui regarde de loin la terre promise, sans y entrer, ou plutôt en y entrant par son absence qui le fait dépasser la promesse dont il a été le médiateur. Jean n'est pas préocupé par lui-même, mais, déjà en prison, il continue à oeuvrer ardemment pour le désir que tout s'accomplisse dans la vérité. Jésus et Jean se définissent, non à travers des définitions, mais à travers le témoignage d'une vie donnée jusqu'au bout, ce qui fait dire au Seigneur : " Parmi ceux qui sont nés d'une femme, personne ne s'est levé de plus grand que Jean le Baptiste, et cependant, le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui". ( Mt 11, 11 ). Au passage du Seigneur, tout fleurit, mais il ne faut pas oublier que chaque floraison est anticipée et préparée par la peine de " l'agriculteur" que fut Jean et que nous sommes appelés à être à notre tour dans une disponibilité qui ne doit jamais oublier que pour mûrir il faut commencer par ne pas se plaindre.