Aujourd'hui, la parole

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Saturday, 25 January 2020
III Dimanche du T.O. ( Is 8, 23b - 9, 3 / Ps 26 / 1 Cor 1, 10-13.17 / Mt 4,12-23 )              Il ne s'est pas passé beaucoup de temps depuis la célébration du mystère de Noël et nous portons encore dans le coeur...

Immaculée Conception

( Gn 3, 9 - 15. 20 / Ps 97 / Eph 1, 3 - 6. 11 - 12 / Lc 1, 26 - 38 )

 

          La première lecture nous entraîne loin, mais en réalité, elle ne fait rien d'autre que de nous guider à lire la réalité de notre vie, celle qui nous est la plus proche, et par divers aspects, la plus intime. Le premier dialogue entre le Très-Haut et notre humanité est dramatique et touche le point endolori de notre réalité de créature, avec lequel nous avons tant de difficultés à nous réconcilier car nous ne réussissons pas aussi simplement à nous accepter : " Comment sais-tu que tu es nu ?" ( Gn 3, 11) Notre histoire du salut commence par cette question qui est, en réalité, un long prodessus d'innocence retrouvée par lequel l'épreuve à surmonter est justement ce sentiment de " honte" qui, après le choc de l'étonnement face à la femme créee, est la première grande émotion de notre humanité. Aujourd'hui, nous fêtons le mystère de Marie, la Mère du Seigneur qui reste, pour toujours, notre soeur en humanité. Les paroles embarrassantes par lesquelles l'homme se disculpe devant le Très-Haut, peuvent être résumées, aujourd'hui, avec une saveur nouvelle et différente : " la femme que tu as mise à mes côtés, m'a donné du fruit de l'arbre et j'en ai mangé" ( Gn 3, 12 ). De cette façon, Adam cherche à se justifier, mais, en réalité, il reconnaît que de d'être les uns à côté des autres est une opportunité pour mieux discerner, en commençant par mieux voir tous ensemble " pour être saints et immaculés face à Lui, dans la charité.....louange à la splendeur de sa grâce" ( Eph 1, 4 - 6 ).

          Face au dialogue entre le Créateur et ses créatures au Jardin d'Eden, nous relisons le récit d'un autre dialogue : celui  de Marie avec Gabriel. L'atmosphère est complètement différente car le dialogue est extrêmement franc et représente pour Marie une façon, non pas de se dissimuler face au désir de Dieu, mais de s'ouvrir à Lui en toute liberté et en pleine conscience : " Voici la servante du Seigneur : qu'il me soit fait selon sa Parole" ( Lc 1, 38 ). Marie accueille et ne subit pas la volonté du Seigneur. Aujourd'hui, nous contemplons, en Marie, une possibilité qui est en nous tous et pour nous tous : nous pouvons retrouver notre innocence dans la mesure où nous acceptons de nous mesurer à notre liberté et que nous l'exercions de fond en comble. Comme l'épouse promise à Joseph, posons des questions, devenons ainsi capables de donner des réponses, sans oublier que nous sommes " à côté" des uns et des autres pour nous soutenir et nous stimuler dans ce chemin d'humanisation inévitable et passionnant.

          Aujourd'hui, nous proclamons Marie " conçue sans péché originel", car sa liberté devant Dieu, qui la rend " servante du Seigneur" ( Lc 1, 38 ) est capable d'envelopper sa vie depuis ses racines. La " pleine de grâce" ( 1, 12 ) est capable d'accueillir la grâce qui vient du Très-Haut de façon si totale que, de la feuille, en floraison de son humanité, elle est capable d'aller toucher et guérir ses racines entrelacées avec la terre de notre humanité.....jusqu'à les assainir : " rien n'est impossible à Dieu" ( 1, 36 ), mais pas sans nous et jamais contre nous ! La prédestination qui à crée tant d'incompréhensions et de souffrances, n'est pas une négation de notre liberté, mais l'horizon - la lettre aux Ephésiens utilise le terme prohorizô - où faire naviguer notre liberté jusqu'au port de sa pleine réalisation " près" de Dieu et des autres.

          Finalement, à la fin, Marie se reconnaît dans le projet de Dieu qui est le sien depuis toujours : être " la servante du Seigneur " et pour cela, elle ne se cache pas, mais elle est nue devant Dieu dans la vérité et l'audace d'être elle-même, entièrement, pour devenir la femme choisie pour rendre le Verbe éternel du Père, fils de notre humanité.