Aujourd'hui, la parole

Innocence retrouvée
Saturday, 07 December 2019
Immaculée Conception ( Gn 3, 9 - 15. 20 / Ps 97 / Eph 1, 3 - 6. 11 - 12 / Lc 1, 26 - 38 )             La première lecture nous entraîne loin, mais en réalité, elle ne fait rien d'autre que de nous guider à lire la...

I Dimanche de l'Avent

( Is 2, 1 - 15/ Ps 121 / Rm 13, 11 - 14 / Mt 24, 37 - 44 )

 

          La parole de l'apôtre Paul semble donner le ton nécessaire et indispensable pour commencer un nouveau temps de l'Avent qui devient le signe d'une qualité à donner au temps pour qu'il soit un lieu de salut désiré et expérimenté. Voici les paroles programmatiques de la seconde lecture : " Frères, vous le savez, l'heure est déjà venue de sortir de votre sommeil, car le salut est plus près de nous maintenant qu'à l'époque où nous sommes devenus croyants" ( Rm 13, 11 ). La célébration de l'Avent du Seigneur n'est absolument pas une invitation à vivre projetés dans le passé ou dans le futur, mais, c'est une école de présence à nous-mêmes et à l'Histoire pour que le " maintenant" donne naissance à demain, enraciné dans une conscience de l'Histoire, du cheminement, de l'expérience, du voyage à travers la vie. L'invitation du prophète Isaïe devient un " message " ( Is 2, 1 ) capable de discernement qui redonne une dimension au désir profond qui habite notre coeur, souvent comme suffoqué par une foule de désirs qui risquent de le dénaturer jusqu'à le rendre méconnaissable.

          Le message qui nous parvient à travers le prophète est une invitation à nous mettre et nous remettre continuellement en route, en embrassant la logique de l'exode choisie et vécue en sa chair, par le Verbe éternel du Père, au moment où il consentit au mystère de l'Incarnation : " pour nous les hommes et pour notre salut". Nous pouvons alors accueillir l'invitation d'Isaïe : " Venez, marchons à la lumière du Seigneur" ( Is 2, 5 ) Marcher exige, bien sûr, une décision et comporte toujours un risque. Le Seigneur Jésus nous invite à nous mettre en route " maintenant" et à le faire les yeux grand ouverts, conscients de comment et combien chaque pas est un signe de joyeuse espérance qui fait de la vie et de l'Histoire, non pas un voyage vers l'abysse du " rien", mais vers l'embrassement d'une rencontre désirée, attendue, préparée.

          Et, nous devons nous laisser interpeler par le cri, plus qu'actuel, de Teilhard de Chardin : " Chrétiens, chargez de tenir toujours vive la flamme brûlante du désir, qu'avons-nous fait de l'attente du Seigneur ?"

          Le Seigneur Jésus nous offre aujourd'hui comme figure de référence celle de " Noé" ( Mt 24, 37 ). Que pouvons-nous donc apprendre de Noé au début d'une nouvelle année liturgique ? De cet homme, capable de préserver la vie et de permettre sa survie, nous pouvons apprendre la sensibilité aux signes et la décision de préparer chaque jour une " arche" ( 24, 38 ) où la vie puisse être accueillie et renouvelée. Dans la tradition hébraïque, l'arche de Noé devient le modèle dont s'inspire la construction du Temple, et plus en avant encore, elle est, en miniature, le panier où Moïse fut déposé pour être sauvé de la mort décrétée par le Pharaon. Alors que nous commençons à penser à la préparation de nos crèches, nous pouvons imaginer un berceau où nous déposerons l'Enfant adoré par les bergers et les mages; ce berceau sera comme une petite arche où nous mettrons notre espérance à l'abri. Alors que tout le monde " mangeait et buvait" ( 24,30), Noé préparait l'arche. Nous voudrions commencer cette période de l'Avent comme un temps dédié à une l'attention " consciencieuse" pour découvrir ce qui se passe autour de nous et en nous, en préparant l'arche où sauver la vie et assurer un avenir à l'espérance. Le Seigneur nous le demande avec une certaine force : " Tenez-vous donc prêts, car c'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'homme viendra" ( 24, 44 ).

          " Frères, il est juste de célébrer la venue du Seigneur avec toute la dévotion possible, tant sa consolation nous réjouit.......et tant son amour brûle dans notre coeur. Mais ne pensez pas seulement à sa première venue, quand " il est venu pour chercher et sauver ce qui était perdu" ( Lc 19, 10 ), pensez aussi à l'autre venue, quand il viendra pour nous prendre avec Lui. Je voudrais vous voir, sans cesse, occupés à méditer ces deux venues......." dormez entre les deux bergeries ( Ps 68, 14 )....car c'est entre les bras de l'Epoux que l'Epouse du Cantique des Cantiques reposait : " sa gauche est sous ma tête et sa droite m'embrasse" ( 2, 6 ). Mais, il y a aussi une troisième venue entre les deux que j'ai mentionnées, et, ceux qui la connaissent peuvent se reposer pour leur plus grand bonheur. Les deux autres sont visibles, celle-ci, non. Dans la première, le Seigneur " est apparu sur la terre et a vécu parmi les hommes" ( Ba 3, 38 )........ ; dans la deuxième " chaque homme verra le salut de Dieu" ( Lc 3, 6  ; Is 40, 5 )........La " venue" centrale est secrète : elle se trouve là où les élus voient le Sauveur, au plus profond de leur être, et où leurs âmes sont sauvées".1

 

1. Bernard de Chiaravalle, sermons pour l'Avent ( 4 et 5 ).