Aujourd'hui, la parole

Innocence retrouvée
Saturday, 07 December 2019
Immaculée Conception ( Gn 3, 9 - 15. 20 / Ps 97 / Eph 1, 3 - 6. 11 - 12 / Lc 1, 26 - 38 )             La première lecture nous entraîne loin, mais en réalité, elle ne fait rien d'autre que de nous guider à lire la...

XXXII Dimanche du T.O.

( 2 Mac 7, 1 - 2. 9 - 14 / Ps 16 / 2 Th 2, 16 - 3, 2 / Lc 20, 27 - 38 )

 

          La première lecture, comme d'ailleurs l'Evangile, nous mettent face, non seulement au mystère de la résurrection et à ce que cette foi comporte comme attachement par rapport aux réalités visibles et terrestres, mais, elles nous disent aussi que celles-ci sont fondées sur une forte situation culturelle - ou religieuse - qui demande une réponse capable d'assumer les critères d'une vraie résistance personnelle. Les frères dont nous parle le livre des Maccabés préfèrent la mort plutôt que de céder à l'uniformisation avec les coutumes hélénistes qui leur font perdre leur identité. Leur point de vue est certainement une option religieuse forte, nécessaire pour rester fidèle à leur foi et à leurs traditions, mais, c'est aussi une résistance à tout ce qui tend à uniformiser - et donc à dominer par élimination - tous les aspects spécifiques et les diversités qui font l'identité des peuples et des personnes singulières. De même, la diatrie dont nous parle l'évangéliste, reflète la gêne des sadducéens devant la " théologie nouvelle" des pharisiens qui essaie d'attribuer - aux anges et surtout à la résurrection - une dimension trop spiritualisée portant ainsi atteinte à celle hébraïque depuis toujours très concrète et peu visionnaire.

          Le Seigneur Jésus, tout le monde le sait, tout comme Paul et tous les fervents de l'époque, sont tous plutôt de l'école des pharisiens et non des sadducéens, et, pour cela, ils défendent la résurrection, mais , par certains aspects, d'une façon différente de celle proclamée par leurs contemporains, les pharisiens. En effet, la résurrection n'est pas une " fuite" de la réalité, mais, elle s'enracine dans l'Histoire et, pour cela, devient référence à la concrétisation de la tradition d'Israël : " Le Seigneur est le Dieu d'Abraham, d'Isaac et le Dieu de Jacob..." ( Lc 20, 37 ). Dans une réalité comme la nôtre où la pression toujours plus énorme de la globalisation risque d'applatir l'humanité dans une espèce de dénominateur commun minimum, le risque est celui d'être privé des soubresauts d'originalité de chaque culture liée à un petit bout de terre irréductible, à la diversité des climats et des aliment, aux manières différentes de comprendre et de vivre les relations entre les personnes, éléments qui s'expriment en symboles et coutumes multiples. Ainsi, la Parole de Dieu nous invite à résister, non pas - sauf très rares cas que la vie et l'Histoire imposent - à un attachement pitoyable, mais de s'ouvrir à une disposition de solidarité et d'admiration pour les différentes identités qui font les couleurs et les saveurs de l'humanité.

         Au lieu de penser à la résurrection en terme de globalisation projetée dans le futur, nous sommes invités à enraciner dans notre foi en la résurrection une profonde et bien-aimée diversité dans le présent. Ceci exige un renoncement radical à l'instinct de domination qui comporte la restriction et le nivellement qui ne vient pas seulement des autres, mais qui risque aussi d'être celui des Chrétiens quand le désir d'évangélisation s'identifie avec l'exportation d'un modèle culturel. Ceci est déjà arrivé par le passé, et sans doute était-ce inévitable, mais cela ne devrait plus arriver aujourd'hui avec l'intelligence et l'amour que la foi nous donne. En effet, à notre époque, il ne s'agit pas seulement de la géographie des terres, plus ou moins lointaines ou étrangères, mais, de façon encore plus urgente, des terres lointaines de tant de coeurs que nous risquons de confiner en périphéries innaccessibles.

En temps et lieux divers, dans le coeurs de personnes toutes différentes, tu poses les semences de ta résurrection, Seigneur, et tu les fais fleurir : une nuance particulière pour chaque étincelle de ta victoire sur la mort, partout, dans n'importe qui. Nous avons la mission de suivre tes traces, de te reconnaître présent et d'accueillir avec amour les infinies petites parcelles qui donnent vie à ton visage, Seigneur !