Aujourd'hui, la parole

Au milieu
Saturday, 16 November 2019
XXXIII DIMANCHE T.O. ( Ml   3, 19 - 20 / Ps 97 / 2 Th 3, 7 - 12 / Lc 21, 5, 19 )             Les paroles avec lesquelles le Seigneur nous accompagne vers la fin de cette année liturgique peuvent étonner, mais en...

XXXI Dimanche du T.O.

( Sg 11, 22 - 12, 2 / Ps 144 / 2 Th 1, 11 - 2, 2 / Lc 19, 1 - 18 )

 

          Toute une vie à chercher à monter un peu plus haut pour vaincre son complexe d'infériorité ! Toute une vie à imposer aux autres quelque chose - une taxe toujours plus haute - ! L'on peut se représenter combien Zachée a senti peser sur lui cette continuelle contrainte, depuis que, petit, il s'agrippait aux sycomores de Jéricho avec ses camarades qui, sans doute, se moquaient de lui car il était " petit de taille". ( Lc 19, 3 ) Et voici que le Seigneur Jésus s'immisce dans ce jeu - qui n'est rien d'autre qu'un remède à la douleur- et il le fait avec une parole qui a du être un avertissement pour Zachée, tant elle résonna fortement comme une véritable libération : " Zaché, descends vite ! " ( 19, 5 ) Le Seigneur guérit Zachée de ce mal dont il semble souffrir depuis toujours et lui dit : " descends une bonne fois pour toute !" Cet état d'avoir été vu " il cherchait à le voir" en pensant ne pas être vu, lui a changé profondément la vie au point de ne plus avoir besoin de continuer le jeu de toujours et de renoncer, une fois por toute à se hisser sur " ses talons" pour son métier, son allure et pour devoir se cacher chaque fois qu'il voulait réussir à voir quelqu'un ou quelque chose......ou simplement lui-même.

          A la fin de ce banquet thérapeutique, Zachée est tellement et complètement guéri, qu'il a besoin de se dépouiller et, par certains aspects, de vivre à la hauteur de sa stature naturelle, sans plus chercher à se soulever pour regarder les autres de haut en bas : " voilà, Seigneur, je donne la moitié de ce que je possède aux pauvres et, si j'ai volé quelqu'un, je le lui rendrai au quatruple" ( 19, 8 ). Filosseno se lance dans une ardente explication : " en fait, si l'Esprit de Zachée n'avait pas été ,à ce moment, rempli de simplicité qui pousse à la foi, il n'aurait pas fait cette promesse à Jésus et il n'aurait pas dépensé et distribué en si peu de temps ce qu'il avait amassé en tant d'années de travail . La simplicité a élargi de toute part ce que la sournoiserie avait amassé, la pureté de l'âme a disséminé ce que la fraude avait acquis et la foi a renoncé à ce que l'injustice avait obtenu et possé et il a proclamé que cela ne lui appartenait pas"1. Ce changement est justement intervenu parce que le Seigneur Jésus lui a permis de se sentir, finalement, à l'aise avec lui-même.

          Le souhait que l'apôtre Paul fait aux Chrétiens de Tessalonique, devient l'espérance de tous et en particulier de ceux qui, d'une façon ou d'une autre, se sentent complexés de manière si douloureuse jusqu'à devenir motivation de souffrance pour les autres : "nous prions continuellement pour vous, afin que notre Dieu vous rende dignes de son appel et que, par sa puissance, il porte à son accomplissement chaque proposition de bien " ( 2 Th 1, 11 ). Pourtant, le premier à se mettre dans cette attitude d'humble attention, est le Seigneur même qui donne à chacun la nécessaire " goutte de rosée matinale" qu'est la compassion ( Sg 11, 22 - 23 ). Ce sont les paroles et les gestes de Jésus dont Zachée a eu connaissance, sans doute par ses clients et peut-être même par ses détracteurs, qui sont pour son coeur desséché par la douleur, la " rosée" qui permet un printemps du coeur, lequel rend possible de se retrouver avec soi-même, dans la vérité, et de retrouver les autres comme des frères. Comme ce fut le cas pour nos ancêtres, il n'est plus nécessaire de se réfugier dans les arbres pour se protéger. Plus encore, l'on ne peut pas essayer de voir Dieu en grimpant sur l'arbre, comme l'avait suggéré le serpent, il suffit de descendre pour être près de Jésus qui, pour nous, est descendu du ciel et a habité parmi nous.

Nous sommes à terre et en terre, avec toutes les grandes limites que tu connais, Seigneur. Nous descendons au plus profond de nous dans le sillon qui nous accueille, nous abattons les hautes barrières qui rendent le coeur las et aride. Voilà que ta compassion nous  accueille, que ton amour nous guérit et que tu mets des racines dans notre histoire et dans nos coeurs. Merci, Seigneur.

 

1. Filosseno di Mabbug. Discours 4, 79 - 80