Aujourd'hui, la parole

Au milieu
Saturday, 16 November 2019
XXXIII DIMANCHE T.O. ( Ml   3, 19 - 20 / Ps 97 / 2 Th 3, 7 - 12 / Lc 21, 5, 19 )             Les paroles avec lesquelles le Seigneur nous accompagne vers la fin de cette année liturgique peuvent étonner, mais en...

COMMEMORATION DE TOUS LES DEFUNTS 

 

          Prier pour les défunts et commémorer leur vie, nous permet de faire mémoire de leur présence parmi nous alors qu'ils ne peuvent plus s'imposer à notre attention. Cette pratique qui, avant d'être "ecclésiale", est une façon distinctive de chaque civilisation humaine qui s'est émancipée de son niveau animal et, ce n'est pas simplement une pratique traditionnelle de l'Eglise et de toute l'humanité, mais, c'est un enjeu et une provocation. Faire mémoire des défunts signifie, en fait, défier la mort par une confiance dans la vie qui se fait foi dans la résurrection comme possibilité inattendue d'une possible insurrection de l'amour. Le cri de Job devient une sorte de bannière de notre conscience de femmes et d'hommes crés pour l'immortalité comprise comme plénitude de vie en une relation qui ne peut mourir : " si, je le verrai...." ( Job 19, 26 - 27 ). Ce face à face espéré et presque protesté par Job ne sera pas comme celui d'Adam et d'Eve au moment de leur peur et de leur cachette au jardin d'Eden, mais comme celui du fils cadet qui retourne à la maison, la tête basse et, pourtant, il est accueilli avec tous les honneurs de l'amour jusqu'à être motif de " fête". Là où la mort est avertissement d'une fin, notre foi la transforme alors en un temps intermédiaire de préparation comme nous le rappelle le prophète Isaïe quand il dit : " le Seigneur préparera sur la montagne un banquet de viande grasse pour tous les peuples".

          Si le Seigneur prépare une plénitude de vie pour chacun de ses fils, nous pouvons nous demander dans quelle mesure, et surtout, de quelle façon, nous nous préparons à la mort, non comme interruption de la vie, mais comme passage nécessaire de la vie. Il ne s'agit, certes pas, comme l'on peut le voir dans certaines représentations antiques, de tenir en évidence sur l'écritoire une tête de mort pour méditer sur l'ambiguïté de la vie et de tant de ses aspects que nous retenons souvent comme essentiels et même très souvent comme agréables. Le défi est de vivre pleinement pour que la mort nous trouve vivants et non déjà moribonds, pour que la mort nous trouve pleins de désir de vivre et non déjà rassasiés ou désabusés, voire les deux à la fois. S'arrêter pour faire mémoire des personnes qui nous sont chères et qui nous ont précédés dans la foi et dans une vie authentique signifie mesurer le poids de cet " aiguillon" ( 1 Cor 15, 56 ) qui risque de nous empoisonner jusqu'à nous tuer : il s'agit de l'aiguillon de l'ingratitude et de la superficialité. 

          Le souvenir de notre façon de réagir en présence de frères " plus petits" ( Mt 25, 40 ) proches de nous et en nous, devient ainsi le premier critère d'une mort de notre vie qui se fait préparation et attente active d'un accomplissement qui exige le passage nécessaire par le mystère de la mort. La prière pour les défunts et la visite sur les tombes de nos bien-aimés, devient ainsi une petite école d'humanité pour ne pas céder à l'ingratitude et à la superficialité. Nous devrions être prioritairement fidèles à cette pratique, mais aussi ne pas oublier de transmettre cette sagesse aux générations les plus jeunes qui risquent de vivre dans un tel oubli du mystère de la mort qu'ils tombent dans le piège de l'illusion.