Aujourd'hui, la parole

Au milieu
Saturday, 16 November 2019
XXXIII DIMANCHE T.O. ( Ml   3, 19 - 20 / Ps 97 / 2 Th 3, 7 - 12 / Lc 21, 5, 19 )             Les paroles avec lesquelles le Seigneur nous accompagne vers la fin de cette année liturgique peuvent étonner, mais en...

LA TOUSSAINT

( Ap 7, 2 - 4. 9 - 14 / Ps 23 / 1 Jn 3, 1 - 3 / Mt 5, 1 - 12a )

 

          Souvent, les représentations des Saints qui ornent nos églises, bien que belles, peuvent sembler un peu excessivement détachées de la réalité, comme pour faire de la sainteté quelque chose qui ne nous regarde pas tellement. La page de l'Evangile qui accompagne cette fête et nous aide à entrer dans un dynamisme d'annonce et de conversion n'a rien d' idéaliste et semble presque nous mettre à l'abri de tout risque d'idéalisation de la sainteté. Ce réalisme de sainteté que nous pouvons trouver dans la page des " béatitudes" qui accompagne cette solennité, nous rend même allergique à tout angélisme miéleux. Le message semble clair : l'on est saint tous ensemble et nous le sommes dans la mesure où l'on est enraciné dans la réalité de sa propre vie. La sainteté devient ainsi un vrai travail qui se manifeste comme le fruit de la méditation sage et passionnée, non seulement sur nos qualités humaines et spirituelles, mais aussi sur nos limites et nos blessures : " pauvres......dans les pleurs.....persécutés....". Ce qui fait la différence c'est la conscience de ce " grand amour" qui nous permet " d'être appelés fils de Dieu", non seulement avec une espèce de nominalisme vide, mais " réellement" ( 1 Jn 3, 3 - 5 ).

          A partir des paroles de l'apôtre, la sainteté coïncide avec la conscience de l'accueil  d'une filiation qui fonde notre espérance à devenir ce que nous sommes : " Quiconque a cette espérance en lui, se purifie comme lui-même est pur" ( 3, 3 ). La sainteté n'est pas un état, mais un dynamisme qui va " de maintenant" ( 3, 2 ) jusqu'à l'attente d'une plénitude qui est encore à recevoir entièrement  et à découvrir avec un émerveillement renouvelé. La question du viel homme reste en suspens dans l'attente d'une réponse capable d'illuminer chaque chemin humain jusqu'à  en faire une partie de la plénitude divine : " Ceux qui sont vêtus de blanc qui sont-ils et d'où viennent-ils ? " ( Ap 7, 13 ) Il s'agit de passer de la sainteté désirée à la pauvreté offerte et de le faire rigoureusement ensemble, sans renoncer à son inéluctable contribution personnelle à l'histoire de tous. Le message des béatitudes nous rappelle que Dieu est présent, non pas au-delà de notre réalité quotidienne, mais à l'intérieur même de notre fatigue de vivre et de cohabiter dans un amour qui sait même se donner dans la mort.

           Ainsi, la sainteté évangélique n'est pas une perfection morale qui ne concernerait qu'une élite de privilégiés, mais c'est l'expérience de cette grâce de filiation d'où tout peut toujours repartir vers la lumière comme nous le prions dans la Liturgie après la communion : " Ô Père, unique source de toute sainteté, admirable en tous tes Saints, fais que nous rejoignions nous aussi la plénitude de ton amour, pour passer de ce repas eucharistique où tu nous as reçus en pélerins, au banquet de fête du ciel". Il vaut mieux être en chemin et un peu sales, boiteux, blessés et même découragés, plutôt qu'à l'arrêt, immobiles sur nous-mêmes. La sainteté de l'Evangile salit les mains, et salit, avant tout, les pieds avec lesquels nous sommes invités à faire les pas nécessaires, non seulement pour survivre, mais, avant tout, pour nous rencontrer et nous encourager réciproquement. Nous pouvons bien dire : " Pour être saints, il suffit, naturellement, d'aimer , mais il s'agit d'aimer comme le Seigneur nous a aimés. Et c'est à cette mesure, sans mesure, que la vie de la sainteté devient si étroite et exigente ( cf Mt 7, 14 ) "1 sans jamais être impossible sauf si l'on y pense de façon isolée.

 

1. J.HAGGERTY, Magnificat 264 ( Novembre 2014 ) p. 48