Aujourd'hui, la parole

Au milieu
Saturday, 16 November 2019
XXXIII DIMANCHE T.O. ( Ml   3, 19 - 20 / Ps 97 / 2 Th 3, 7 - 12 / Lc 21, 5, 19 )             Les paroles avec lesquelles le Seigneur nous accompagne vers la fin de cette année liturgique peuvent étonner, mais en...

XXX Dimanche du T.O.

( Sir 35 passim / Ps 33 / 2 Tm 4, 6 - 8. 16 - 18 / Lc 18, 9, 14 )

 

          La cathéchèse du Seigneur Jésus sur la prière continue et, à l'image de la veuve qui se cramponne au juge inique, l'on aborde aujourd'hui un autre contraste : celui du pharisien et du publicain. La liturgie byzantine dédie le premier dimanche du Tridion - dimanche qui prépare au Grand Carême - justement à la contemplation de ces deux figures, à travers lesquelles chaque fidèle est appelé à se mirer pour faire le point sur sa disponibilité à la conversion. Le premier pas de chaque chemin sérieux de conversion ne peut qu'être la prise de conscience d'en avoir réellement besoin : " le publicain, au contraire, se tenant à distance, n'osait pas lever les yeux au ciel, mais se battait la coulpe, disant : " O Dieu, aie pitié de moi, pauvre pécheur" ( Lc 18, 13 ). C'est ainsi que la liturgie byzantine fait prier, en cherchant de préparer le coeur des fidèles au combat spirituel du Carême : " avec une âme humble, le publicain, gémissant, trouva le Seigneur propice à sa prière et fut sauvé, mais, Il fut effrayé, avec justesse, par le langage grandiloquent du pharisien. Fuyons, o fidèles, l'arrogance des propos du pharisien et ses titres de pureté, et imitons avec droiture l'humilité et les sentiments du publicain qui obtint miséricorde"1.

          Dans la seconde lecture de ce dimanche, c'est l'apôtre Paul qui devient un exemple pour chacun de nous, et dans un certain sens, il nous confirme dans l'espérance que notre petit ou grand pharisien intérieur peut aussi vraiment, non seulement, se convertir, mais transformer le zèle de l'auto-exaltation en zèle de service et d'amour jusqu'à pouvoir dire : " j'ai combattu le bon combat, j'ai terminé la course, j'ai conservé la foi " ( 2 Tm 4, 7 ). Ceci rend possible pour chacun de vivre à fond - et pleinement- son propre chemin jusqu'à rejoindre et mériter la " couronne" ( 4, 8 ), c'est ce que le Siracide nous rappelle comme principe ordinaire de la relation entre notre humanité et notre Créateur : " Le Seigneur est juge et pour Lui, il n'y a aucune préférence de personne" ( Si 35, 15 ). Ces paroles du Siracide nous aident à comprendre en quoi consiste le vrai drame du pharisien. A force d'autocertification, il se met à la place de Dieu, jusqu'à regarder les autres comme s'il était à la place qui n'appartient qu'au Très-Haut "......et surtout pas comme ce publicain" ( Lc 18, 11 ).

          Paul nous rappelle, non seulement par la parole, mais avant tout par le témoignage de sa vie, qu'il est possible de laisser émerger en nous la figure du publicain que nous sommes à la place du pharisien qui cherche d'être sur le devant de la scène. La prière humble " ne s'inquiète pas", elle " ne renonce pas " - jusqu'à ce que le Très-Haut soit intervenu" - ( Si 35, 21 ) afin de retrouver la juste proportion de notre façon de nous considérer en apprenant qu'en aucun cas nous ne pouvons nous faire les juges des autres. Comme nous le rappelle le Seigneur Jésus, chacun peut faire l'expérience d'être " justifié' ( Lc 18, 14 ), mais seulement dans la mesure où il reconnaît de ne pas être juste, mais d'être aimé et pardonné. Pour cela, la prière du pauvre " traverse les nuées" et rend capable de regarder et de se laisser regarder par la limpide lumière divine.

C'est moi, Seigneur, qui cherche une place adéquate, qui se complais des buts atteints, qui juge et n'aime pas ; c'est moi le comptable de mes bonnes actions et des fautes des autres. C'est moi. Mais, dans cet angle de mon coeur où sans relache je t'invoque et me reconnais pécheur, tu viens, Jésus, et tu me restaures, me guéris et m'entoures de ta miséricorde avec mes frères. Merci Seigneur.

 


1.  Anthologhion, II, p. 397.