Aujourd'hui, la parole

Au milieu
Saturday, 16 November 2019
XXXIII DIMANCHE T.O. ( Ml   3, 19 - 20 / Ps 97 / 2 Th 3, 7 - 12 / Lc 21, 5, 19 )             Les paroles avec lesquelles le Seigneur nous accompagne vers la fin de cette année liturgique peuvent étonner, mais en...

XXVII Dimanche du T.O.

( Hab 1, 2- 3 ; 2, 2 - 4 / Ps 94 / 2 Tm 1, passim / Lc 17, 5 - 10 )

 

             Il est certain que la parabole que le Seigneur Jésus raconte comme réponse à l'invocation des disciples qui demandent son aide, peut aussi nous perturber. En effet, à première vue, cette parabole ne peut qu'être fastidieuse avec l'image d'un patron qui semble pouvoir et vouloir agir en maître sur ses serviteurs de telle façon que ceux-ci doivent, plus ou moins sereinement, se soumettre et de plus être satisfaits, sans le moindre respect pour eux-mêmes et leur travail. L'ordre final est péromptoire : " dites : " nous sommes des serviteurs inutiles. Nous avons fait ce que nous devions faire" " ( Lc 17, 10 ). La demande faite par les disciples est aussi la nôtre : " augmente en nous la foi !" ( Lc 17, 6 ) La réponse de Jésus qui évoque l'image d'un patron surpuissant face à la servitude, contraste certes fortement avec tout ce que nous sommes habitués à entendre dans les paroles et les gestes du Seigneur en tant que révélation de l'image de Dieu. En réalité, en y pensant bien, la parobole ne parle pas du Très-Haut, mais bien plutôt de nous.

          Le sujet dominant de la parabole - qui est la réponse du Maître à la question des apôtres sur la foi - n'est pas le patron avec son comportement, mais le serviteur - chacun de nous - avec son attachement que nous mûrissons par rapport à la vie relationnelle à Dieu, à nous-mêmes et au monde qui nous entoure et dont nous sommes les invités. Pour reprendre l'exhortation de l'apôtre, la foi ne serait pas quelque chose que Dieu peut nous donner seulement de son côté, mais l'exigence d'un travail passionné de chaque jour pour  " raviver le don de Dieu ( 2 Tm 1, 6 ). Le prophète Habacuc qui décrit l'affrontement paradoxal entre les deux superpuissances du peuple oriental qui, au déclin assirien voit surgir le nouvel empire babilonien, rappelle aux fils d'Israël de ne pas se laisser impressionner par la force et le pouvoir des puissances mondaines, mais de rester solides en s'aggripant pour ainsi dire aux racines de l'Alliance avec Dieu. Ainsi, la conclusion du prophète est une sorte d'antidote à la peur, et en même temps, à la tentation d'entrer en compétition avec l'adversaire en utilisant les même méthodes de force. Au contraire : " voilà que succombe celui qui n'a pas l'âme droite, alors que le juste vivra par sa foi" ( Hab 1, 4 ).

          Ce verset, amplement et radicalement cité par l'apôtre Paul, pour y fonder la théologie de la grâce ( Rm 1, 17. Gal 3, 11 ) confirme la parole du Seigneur Jésus qui rappelle à ses disciples que la foi n'augmente pas, mais se radicalise : " si vous aviez la foi comme un grain de senevé...." ( Lc 17, 6 ). Cette condition absolue devient, dans la suite du texte, l'évocation de ce serviteur qui ne fait pas les choses qui lui sont demandées dans un esprit de servitude, mais avec une sorte de satisfaction et de joie. Le rapport entre Dieu et l'homme, n'est pas celui d'un donneur d'ordres et d'un salarié, mais plutôt celui d'un amour nuptial qui se donne sans calculer et qui est d'autant plus heureux lorsqu'il peut se donner avec intensité et gratuité. Ainsi, le don de la foi est toujours entier, comme le sont les gestes d'un amour authentique. Il s'agit d'une amplitude qui n'est pas donnée une fois pour toute, mais qui, de par sa nature, est continuellement en croissance et elle l'est - avant et par-dessus tout - dans le sens de la profondeur. Toujours égale à elle-même, la foi ne pouvant s'accroître quantitavement, elle peut toujours s'approfondir dans un dynamisme de nouveauté renouvelée......tout comme l'amour.

Seigneur, nous t'offrons aujourd'hui la petitesse de notre peu de foi. Elle a le tronc mince et les racines peu profondes, des bourgeons qui ne s'épanouissent pas et des fleurs fragiles.....l'on n'y cueille pas de fruits à chaque saison. Augmente notre foi, Jésus : creuse plus profondément en nous et rends-la solide et forte, florissante par des gestes d'amour gratuit. Elle sera nouveauté de vie et plénitude cachée en toi.