Aujourd'hui, la parole

Au milieu
Saturday, 16 November 2019
XXXIII DIMANCHE T.O. ( Ml   3, 19 - 20 / Ps 97 / 2 Th 3, 7 - 12 / Lc 21, 5, 19 )             Les paroles avec lesquelles le Seigneur nous accompagne vers la fin de cette année liturgique peuvent étonner, mais en...

XXVI Dimanche du T.O.

( Am 6, 1. 4-7/ Ps 145 / 1 Tm 6, 11- 16 / Lc 16, 19 - 31 )

 

          Il est certain que le thème de l'enfer n'est plus très " à la mode" et, grâce à Dieu, toute l'anédoctique traditionnelle sur ce lieu de " tourments" ( Lc 15, 23 ) qui décrit avec des particularités inquiétantes et relatives à une fantaisie fervente, mais plutôt risquée, a cédé le pas à une plus grande austérité d'images pour avantager une sensibilité plus profonde de l'enjeu. Et, l'enjeu est assez haut : le risque est de rater sa propre vie dans le temps et dans l'éternité. Ce sens d'échec et cette prise de conscience d'avoir gacher cette occasion, est le sentiment qui brûle et consumme ce pauvre riche qui, à la fin, nous fait de la peine, à nous lecteurs, alors qui sait combien de peine il fait au Seigneur Jésus qui raconte cette parabole. Dans le chapitre précédent de son évangile, Luc nous a mis face à l'abysse de la miséricorde de Dieu qui se comporte comme un berger qui cherche sa brebis disparue, comme une femme qui n'est en paix que lorsqu'elle retrouve la dragme perdue et comme un père qui ne cesse jamais de l'être. Maintenant, il nous met face à l'autre visage de la médaille : nous et notre façon de porter le mystère de la vie en relation avec nous-mêmes, les autres et Dieu. L'exhortation de l'apôtre nous rappelle l'horizon le plus digne pour chacun de nous : " Toi, homme de Dieu, évite ces choses, tends au contraire vers la justice, la piété, la foi, la charité, la patience, la douceur" ( 1 Tm 6, 11 ).

          Dans la parabole, l'on ne dit pas que le riche était méchant et le pauvre bon : il y a simplement cette " porte" ( Lc 16, 20 ) en terre, qui devient ensuite un " grand abysse" ( 16, 26 ) au ciel. Le vrai problème du riche est qu'il n'a pas vu le pauvre et, au ciel, il demande d'être vu par celui qui - dans ce cas précis, par Lazare - qui n'aurait même pas pu reconnaître son visage : ce visage qui est toujours resté blindé à l'intérieur, alors que l'on faisait de " somptueux festins" ( 16, 19 ). Le message est simple et clair : comment peut-on penser se voir et se rencontrer au ciel si l'on ne s'est jamais rencontrés, ni même croisés, sur terre. Le riche n'est pas insensible, vu sa préoccupation pour ses chers " cinq frères" ( 16, 28 ), mais il est superficiel et il a oublié le " septième" des frères qui est justement Lazare. Ainsi, pour ce riche s'applique à la lettre la parole du prophète : " vautrés sur leurs divans, ils mangent.....improvisent.....boivent le vin à même les amphores et se frottent avec des parfums de luxe, mais ne se préoccupent guère du désastre de Joseph" ( Am 6, 4 - 6 ). C'est comme si l'on n'avait pas le temps de se demander ce qui advient devant la " porte", là où pourrait apprendre, même de la part des " chiens" ( Lc 16, 21 ) à devenir des hommes. Le riche ne voit rien, il n'a d'yeux pour personne, si ce n'est pour lui-même !

          Certes, la réaction d'Abraham est forte, et même sans pitié, mais c'est une façon de mettre en garde du danger de tomber dans une sorte d'anesthésie spirituelle qui peut nous toucher chaque fois que nous ne relisons plus notre vie - dans l'abondance et la pauvreté - vraiment et toujours " Devant Dieu, qui donne vie à toute chose, et devant Jésus Christ qui a donné son beau témoignage devant Ponce Pilate" (1 Tm 6, 13 ). Le remède à l'anesthésie spirituelle est de " conserver sans tache et de façon irrépréhensible le commandement" ( 6, 14 ), s'entraînant ainsi à une " anastasie" déjà ici sur terre. Au lieu de rester " vautrés" ( Am 6, 4 ) nous devons nous lever et outre-passer cette " porte" blindée qui risque d'être notre pierre tombale pour l'éternité, révélant, en réalité, à quel enfer nous nous sommes condamnés nous-mêmes par une négligence d'une très grande tristesse.

Seigneur, nous te prions, rends le regard du coeur vigilant, capable de dépasser les barrières et les portes et d'aller au-delà. Aide-nous à reconnaître l'autre comme tel, à le chercher au long du chemin, disposés à laisser de côté tout ce qui accroche le regard et empêche la rencontre. Rends-nous attentifs, Seigneur, chercheurs passionnés de ce trésor précieux qui est un coeur qui partage et dans ce partage il TE rencontre !