Aujourd'hui, la parole

Quelle Paix?
Saturday, 17 August 2019
XX Dimanche du T.O. ( Jr 38, 4 - 6. 8 - 10 / Ps 39 / He 12, 1 - 4 / Lc 12, 49 - 57 )             La lettre aux Hébreux nous invite à vivre " le regard fixé sur Jésus" qui est à l'origine et au terme de la foi" ( Hé...

PENTECÔTE

( Act 2, 1 - 11 / Ps 103 / Rm 8, 8 - 17 / Jn 14 passim )

 

       L' Eglise, comme d'ailleurs chacun de nous en tant que membre vivant d'un unique corps, nous nous trouvons toujours tous dans la condition des apôtres. Après la Résurrection et l'Ascension, les disciples attendaient au Cénacle, " ensemble" ( Act 2, 1 ) d'être capables de porter et d'annoncer l'expérience vécue avec le Seigneur Jésus. Ephrem Siro, avec son habituelle acuité poétique, n'hésite pas à imaginer le collège des apôtres comme " de petites flammes disponibles et en attente d'être illuminer par l'Esprit Saint pour éclairer par leur enseignement la création toute entière". En approfondissant la contemplation du mystère de la Pentecôte, le diacre Ephrem, lors de son homélie pour cette solennité lumineuse, nous aide à lire l'icône de cette fête - pendant laquelle les apôtres sont d'ordinaire assis en demi-cercle - comme un ventre qui attend d'être fécondé et comme des " agriculteurs qui portent la semence dans le repli de leur manteau en attente de recevoir l'ordre de semer". Mais pas seulement, il les décrit aussi comme " des marins dont la barque est attachée au port du Fils et qui attendent de recevoir la brise de l'Esprit". Nous savons tous, par notre expérience quotidienne que, sans le feu et sans la chaleur rien ne peut être transformé et aucun aliment ne peut être cuit. Si cela est valable pour les choses que la nature nous offre et que nous aimons transformer pour les rendre plus nourrissantes et plus goûteuses, cela est d'autant plus vrai pour nous-mêmes, pour notre vie faite d'émotions et de sentiments contrastés qui doivent être purifiés et transformés par l'oeuvre de l'Esprit.

        Les paroles d'un autre maître spirituel comme Taulero, peuvent bien nous introduire et nous accompagner dans la célébration et la contemplation de cette fête de la Pentecôte où la joie pascale, non seulement rejoint la plénitude de son don, mais donne aussi le sens plénier de sa signification : " Voici le bel anniversaie du jour où l'Esprit Saint a été envoyé sur les saints disciples et sur tous ceux qui étaient réunis ensemble, jour où nous a été restitué le grand trésor que l'astuce de l'Ennemi et la faiblesse humaine nous avaient soustraits  du Paradis terrestre. La façon dont cela est arrivé est déjà extraordinaire extérieurement ; quant au mystère caché et recelé dans de telles merveilles, aucun raisonnement, aucune pensée, ni créature ne sauraient le connaître, le concevoir et le dire. L'Esprit Saint est une réalité d'une telle grandeur,d'une telle immensité incompréhensible et douce, que n'importe quelle autre grandeur ou immensité que la raison puisse concevoir se retrouve nulle face à elle. Voici pourquoi l'Esprit Saint doit préparer lui-même la place où il sera reçu et se mettre lui-même à l'oeuvre pour rendre l'homme capable de le recevoir ; c'est l'abysse inéffable de Dieu qui doit lui-même être lieu et capacité d'accueil".

        En réalité, nous sommes au cinquantième jour après la Pâque de Résurrection, mais, nous vivons encore une fois plus intensément, la grâce du premier et du troisième, du septième et du huitième jour qui nous renvoit toujours à un passage de la grâce qui nous permet d'accueillir les dons divins pour les faire fructifier dans notre vie. Le matin de la Pentecôte est pour l'Eglise le début de son implication au coeur de l'humanité, en tant que sel et levain capables de disparaître sans pour autant être absents. Après le traumatisme de la passion et le choc de la résurrection, les apôtres sont finalement poussés hors du Cénacle pour se révéler comme Eglise, présente sur le seuil où la rencontre et la confrontation généreuse avec l'autre est obligatoire et souhaitée. C'est finalement quand l'Esprit promis par le Ressuscité " remplit toute la maison où ils étaient" ( Act 2, 2 ) que les disciples n'éprouvent plus le besoin de rester à l'intérieur, mais sont comme catapultés à l'extérieur, pour se faire proches de tous. La vie fait irruption comme " un vent violent" ( 2, 2 ) et pénètre dans chaque recoin le plus reculé de notre coeur en débusquant même les replis les plus cachés.

Seigneur Ressuscité, rend notre coeur sensible à la force perturbatrice de ton Esprit, qui nous appelle puissament à une vie nouvelle et nous pousse vers des chemins impensables. Il nous réclame à grand' cris d'ouvrir nos yeux et notre coeur, pour savoir regarder et accueillir les autres et, en eux, toi, salut toujours différents, toujours au -delà, appel solennel à une vie qui traverse chaque mort. Gloire à toi qui es ressuscité et qui es toujours en nous et parmi nous , à travers ton Esprit. Alléluia !