Aujourd'hui, la parole

Jouer
Saturday, 15 June 2019
La Sainte Trinité  ( Pr 8, 22 - 31 / Ps 8 / Rm 5, 1 - 15 / Jn 16, 12 - 15 )              Notre image de Dieu est normalement assez " sérieuse" et la première lecture de ce jour, nous permet, au contraire, de...

                                                    IV Dimanche de Pâques

                            ( Act 13, 43 - 52 / Ps 99 / Ap 7, 9 - 17 / Jn 10, 27 - 30 ) 

        

Pendant la Vigile pascale - comme chaque année - nous avons lu encore une fois le récit de l'épreuve d'Abraham à qui le Seigneur demande d'offir en holocauste son propre fils. Le texte hébreu est construit sur une sympathique ambiguïté, bien que dramatique, car le terme -  tal ' ja -est le même qui indique aussi bien l'agneau que le fils. Ainsi, au coeur du temps pascal, le mystère du Fils et de l'Agneau nous est, à nouveau proposé, magnifiquement, par la Liturgie. Dans le bref Evangile de ce dimanche, et, indirectement dans les versets que nous lisons cette année, le pasteur sait qu'il a des brebis qui écoutent sa voix et le "suivent" ( Jn 10, 27 ). En réalité, quand Jésus parle de lui-même, il le fait en se référant fortement à ce Père qui est évoqué trois fois en un seul verset : " Mon Père qui me les a données est plus grand que tout et personne ne peut les arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes UN" ( Jn 10, 30 ).

        Dans cette unité de communion substantielle réside le fondement de ce chemin vers l'unité et le partage d'une même respiration à laquelle est appelée toute l'humanité dans la mesure où elle se laisse guider par son " Berger" ( Ap 7, 17 ) , celui qui s'est fait amoureusement " Agneau". La Liturgie crée encore une fois une magnifique correspondance : si le Père est évoqué trois fois dans  l'          Evangile, l'on parle trois fois de l' Agneau dans la première lecture. Cet Agneau est exactement ce Fils qui nous ouvre à une communion et une relation avec Dieu, définitivement débarassées de toute ombre de peur et de servitude, pour nous ouvrir à l'esprit de la filiation où nous nous sentons et sommes vraiment libres. La vision du visionnaire de Patmos devient ainsi une initiation à l'espérance : " j'ai vu : voici une foule immese, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient tous debout devant le trône et devant l'Agneau" ( 7, 9 ).

        Souvent, dans l'Apocalypse, nous trouvons plutôt l'attitude de prosternation en adoration, alors qu'ici, l'attitude est celle qui indique la liberté et la dignité qui, à cause de la vertu du mystère pascal du Christ Seigneur, nous rend victorieux sur toute forme de peur et de diminution de dignité : " vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main". Nous pourrions ici reprendre ce que l'on pourrait considérer comme une acclamation dans le rythme narratif de la première lecture : " ils étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur ; tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent". ( Act 13, 48 ) L'on pourrait se demander en quoi " crurent-ils ?" et la réponse est, bien sûr, que le sens profond de notre foi en Christ, mort et ressuscité est de nous sentir toujours d'avantage vraiment fils du Père au point de nous laisser porter dans sa " main" ( Jn 10, 29 ), avec une confiance et une joie incomparables.

        Le Seigneur Jésus ne se plaint pas de ses brebis, au contraire, il en est profondément heureux. Le lien entre le berger et les brebis n'est pas seulement un lien de connaissance, mais une façon de connaître qui conduit vers l'amour. C'est justement cet amour qui rend Jésus fier de ses brebis et certain du fait qu'elles apprécieront le don de " vie éternelle" ( 10, 28 ), don qui n'est rien d'autre que la joie d'être ensemble et de rester proches. Le beau Berger n'a aucun doute, de même qu'aucun doute ne traverse le coeur de l'amoureux : " personne ne le ravira de ma main !" C' est le Seigneur Jésus qui pose chacun de nous dans la grande main de Dieu après nous avoir portés amoureusement sur ses épaules de bon Berger, nous faisant ainsi retrouver le chemin perdu de la confiance, de la joie, de l'espérance.......dans une parole de filiation englobée dans le tourbillon de la " grande tribulation" ( Ap 7, 14 ). L'expérience que nous sommes appelés à faire, en reposant dans la grande et douce main du Père est l'expérience de retrouver notre sécurité dans l'intimité d'un embrassement qui nous restitue à nous-mêmes.

          Seigneur, nous ne sommes pas un troupeau docile, mais des brebis paresseuses, têtues, sourdes à la voix du berger. Et, pourtant, toi, le Berger - le Bon Berger- tu veilles sur nous, tu nous caresses, nous instruis, nous guides et nous accueilles ; nous sommes ainsi toujours en sécurité, à l'abri, dans ta main forte et douce. Nous te prions : continue à veiller sur nous, protège notre chemin, parfois obscur et imprévu, et reconduis nos pas vers toi en nous restituant la joie de nous sentir un seul troupeau avec un seul Berger. Alléluia !