Aujourd'hui, la parole

Jouer
Saturday, 15 June 2019
La Sainte Trinité  ( Pr 8, 22 - 31 / Ps 8 / Rm 5, 1 - 15 / Jn 16, 12 - 15 )              Notre image de Dieu est normalement assez " sérieuse" et la première lecture de ce jour, nous permet, au contraire, de...

III Dimanche de Pâques

( Act 5, passim / Ps 29 / Ap 5, 11 - 14 / Jn 21, 1 - 19 )

 

       L'invitation au centre de la liturgie de ce jour est celle que le Seigneur fait à ses disciples et qu'il adresse aussi à chacun de nous : " Venez manger" ( Jn 21, 12 ). Comme le fait une mère avec les membres de sa famille, ainsi agit le Seigneur avec ses disciples et avec nous aujourd'hui encore. Alors qu'ils sont dispersés autour de leurs occupations et de leurs caprices, la voix de la maîtresse de maison résonne : " C'est prêt, venez manger". L'ajout johannique à son Evangile semble une réponse possible à la question récurrente qui habite le coeur des disciples de tous les temps et qui est certainement présente aussi dans notre coeur : " Comment reconnaître le Ressuscité ? " Le récit évangélique que la Liturgie nous fait lire en ce dimanche évoque " la troisième fois" où le Seigneur "se manifeste aux disciples après être ressuscité des morts" ( 21, 14 ). Nous sommes face à une révélation de la tendresse et d'une tendresse contagieuse. Comme une mère qui nourrit ses propres fils et les réunit autour de la table de la maison, en rétablissant à travers les parfums de la cuisine les liens les plus intimes tout en aidant à dépasser les inévitables difficultés et tristesses, ainsi, le Seigneur cherche à créer, pour ses disciples, l'occasion, non seulement de recommencer à travailler ensemble, mais aussi à prendre nourriture et repos ensemble.

         L'évangéliste Jean nous emmène bien loin, vraiment au large, pour la nécessaire compréhension du mystère du Christ, qui, ressuscité des morts, nous précède continuellement sur les chemins de la vie. Alors que les apôtres cherchent à se retrouver eux-mêmes après le drame pascal en récupérant, pour ainsi dire, le cours de la vie de toujours, le Seigneur Ressuscité " se tenait sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c'était Lui" ( Jn 21, 4 ), alors que le Maître savait très bien qui étaient ses disciples. Pâques a réellement tout changé et de façon si radicale qu'il ne suffit pas de reprendre ses habitudes d'avant pour retrouver son chemin. Il est nécessaire de tenir compte de Pâques ! Le Seigneur Jésus est sur la rive pour aider et accompagner les disciples , sans faire semblant et sans oublier tout ce qui s'est passé et dont nous sommes appelés à être responsables. Le Seigneur Ressuscité aide les siens à faire mémoire et donc à être capable de faire un pas en avant dans leur compréhension intime du mystère de la vie, plutôt que de chercher toutes les façons possibles pour retourner en arrière dans la vie de toujours.       

        Si nous nous laissons guider par la sagesse de la Liturgie, nous pouvons mettre en parallèle le pas de l'Apocalypse avec ce qui vient de nous être raconté dans l'Evangile. C'est comme s'il s'agissait de deux liturgies : l'une céleste, l'autre terrestre, l'une cultuelle, l'autre existentielle. Et, pourtant, ce serait sans doute la rive du lac qui serait le lieu le plus adequat et le plus authentique que choisirait notre coeur pour l'acclamation : " A celui qui siège sur le Trône et à l'Agneau, la louange et l'honneur, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles" ( Ap 5, 13 ). L'on pourrait oser une image qui frise la banalisation irrévérencieuse, mais qui risque aussi d'être particulièrement efficace : dans le mystère de l'abaissement pascal du Verbe fait chair, Dieu, désormais " siège sur un trône", comme une mère de famille qui reste aux fourneaux pour pouvoir inviter tout le monde avec une allégresse amoureuse: " Venez manger" ( Jn 21, 12 ). C'est seulement après les gestes de tendresse et de bonté, comme ce fut déjà le cas au Cénacle, la veille de sa passion,que le Seigneur Jésus peut parler, encore une fois de " mort" et renouveler son appel : " suis-moi" ( 21, 14 ). A ce stade, il ne nous reste plus qu'à nous unir aux " quatre êtres vivants" pour dire à notre tour : " Amen" ( Ap 5, 14 ).

Seigneur ressuscité, notre coeur est plein d'émotion et de gratitude admirative pour les gestes par lesquels tu remets sur pied notre possibilité de continuer à être tes disciples bien au-delà de toutes trahisons et de toutes incompréhensions. Donne-nous à manger, chaque jour, le mystère de ton être au milieu de nous, pour nous rendre à nouveau capables de travailler et d'espérer ensemble. Alleluia !