Aujourd'hui, la parole

Jouer
Saturday, 15 June 2019
La Sainte Trinité  ( Pr 8, 22 - 31 / Ps 8 / Rm 5, 1 - 15 / Jn 16, 12 - 15 )              Notre image de Dieu est normalement assez " sérieuse" et la première lecture de ce jour, nous permet, au contraire, de...

II Dimanche de Pâques 

( Act 5, 12 - 16 / Ps 117/ Ap 1 passim / Jn 20, 19 - 31 )

 

         Autour de la présence retrouvée du Ressuscité, notre foi, toujours un peu malade, faible, fragile, est renouvelée : guéris dans la profondeur de notre coeur " incrédule" ( Jn 20, 27 ), nous sommes restitués et réintégrés dans la communauté de foi. Le personnage de " Thomas, l'un des douze, appelé Didime" ( Jn 20, 24 ) renferme symboliquement une dimension que nous portons tous en nous et que nous pourrions définir comme " le syndrome du jumeau". Cette façon de vivre continuellement à " l'ombre" ( Act 5, 15 ) de l'autre, si caractéristique de la vie des jumeaux qui ne savent pas ce que c'est que de vivre sans l'autre ayant toujours partagé, même le lieu étroit du sein maternel. Mais, le besoin - considéré - alors comme souffrance - d'avoir aussi une vie à soi, réellement autonome, sans toutefois pouvoir renoncer à ce lien avec l'autre, fait aussi partie du " syndrome du jumeau", car il participe à la construction de sa propre personnalité.

          Nous pouvons dire que le personnage de l'apôtre Thomas habite notre imaginaire de disciple pour que nous nous sentions moins seuls dans notre difficulté à croire. Cet apôtre nous devient particulièrement cher, quand il nous semble trop ardu de recommencer à croire malgré la déception et le regret. Thomas devient pour chaque disciple un compagnon de voyage avec qui l'on se sent à l'aise. Avec cet apôtre, l'on se trouve tellement à égalité, que l'on peut le considérer comme le " Didime - jumeau" de chacun de nous. Sa capacité de manifester à l'extrême, son propre désapointement jusqu'à déclarer ouvertement son manque de confiance, nous fait sentir moins étranger dans notre besoin de protester et cela nous pousse même à nous attribuer ces paroles : " si je ne vois pas dans ses mains le signe des clous, si je ne mets pas mon doigt dans le signe des clous et ma main dans son flan, je ne croirai pas" ( Jn 20, 26 ). Faire mémoire de la façon de Thomas de vivre le drame pascal, nous permet de laisser de la place à la partie de nous qui croit avec difficulté et peine à croire, sans perdre la foi. Car la foi passée et purifiée au creuset du mystère pascal, est radicalement éprouvée par l'expérience d'échec de chaque imagination messianique. C'est ainsi seulement qu'elle peut devenir une foi de relation personnelle : " Mon Seigneur et Mon Dieu" ( 20, 28 ). Toute la force de cette profession post-pascale se trouve dans l'adjectif possessif, qui devient, comme ce fut déjà le cas pour Marie-Madeleine dans le jardin de la tombe vide, un adjectif d'intimité. Chaque expérience d'intimité oblige toujours à calculer avec la richesse et la pauvreté d'une relation.

          Le vouloir voir de Thomas est une école de foi plutôt qu'un signe d'incrédulité. Les garanties que Thomas demande et les conditions qu'il met à son adhésion personnelle à ce que les autres disciples lui racontent, ne regardent que lui et le concerne personnellement. En bon hébreu, Thomas démontre ainsi un grand respect envers Dieu, car il ne peut concéder son adhésion de foi à quiconque et sous n'importe quelles conditions. Il a aussi du respect pour lui-même par crainte et amour du Créateur. La foi, non seulement, n'est pas contraire aux exigences de l'intelligence, mais elle exige aussi l'utilisation et le développement de la raison. Comme l'explique Monseigneur Bouchez : " la foi n'est pas pure irrationnalité, saut dans le vide et dans l'absurde, élan d'une conscience aveugle, mouvement purement affectif, confiance désordonnée, " fidéisme" comme l'on dirait aujourd'hui"1 . Thomas nous rappelle que la foi n'est pas adhésion à une nouvelle crédible pour l'autorité de celui qui nous la transmet - l'on dirait aujourd'hui les multiples média de tous genres - mais, c'est un risque personnel qu'il faut payer de sa propre poche.

Seigneur, ce qui nous repousse chez nos frères et rend la parole âpre et le visage fermé est seulement la réplique, la " seconde voix" de ce qui agite et trouble aussi notre coeur. Guéris-nous, en vérité, Seigneur Ressuscité, du besoin de nous affirmer et de cheminer seuls avec l'illusion de pouvoir le faire. Réunis-nous, reste au milieu de nous et appelle-nous ensemble à expérimenter la joie d'être ressuscités. Alléluia !

 

1 - R. BOUCHEZ: " IL est la résurrection et la vie, LES PLANS, 2006, P. 85.