Aujourd'hui, la parole

Solution
Saturday, 22 June 2019
Le Corps et le Sang du Christ ( Gn 14, 18 - 20 / Ps 109 / 1 Cor 11, 23 - 26 / Lc 9, 11b - 17 )            Cela ressemble presque à un problème mathématique : la faim d'environ cinq mille personnes peut...

Dimanche de Pâques

( Act 10, 3. 37 - 43 / Ps 117 / 1 Cor 5, 6b - 8 / Jn 20, 1 - 8 ou Lc 24, 13 - 35 )

 

L’évangéliste Luc nous aide à entrer dans le mystère de la résurrection du Christ, à travers la porte de nos sens et de nos questions les plus profondes. Quand, «  le matin, très tôt » ( 24, 1 ), les femmes arrivent au sépulcre, les mains pleines «  d’aromates qu’elles avaient préparés », elles trouvent que les choses ne sont pas à leur place : la pierre est renversée et, surtout, «  le corps du Seigneur Jésus » ( 24, 2 ) n’est plus là où il devrait être. La réaction des femmes est celle de se demander «  quel sens a tout cela  » ( 24, 4 ). A la différence de ce qui nous est raconté par les autres évangélistes, les femmes ne rencontrent pas le Ressuscité, mais, elles sont réduites à prendre au sérieux le mystère de la passion et de la mort du Seigneur. Leur Maître et Médecin qu’elles avaient accompagné jusqu’au dernier soupir, n’est plus dans le tombeau et cela les oblige à chercher ailleurs pour comprendre ainsi le «  sens » le plus profond du don pascal du Christ. Si la mort avait laissé un sentiment de trouble et d’abattement désorienté, la résurrection est la possibilité de retrouver, à travers petits et grands indices de vie, le chemin de l’espérance qui génère la résolution de continuer le voyage de la vie dans la joie.

       La forte et ardente proclamation de Pierre traverse notre cœur et, d’une certaine façon, tient bien au chaud, au plus intime de nous-mêmes, la grande profession de foi dans le Crucifié Ressuscité : «  Dieu l’a ressuscité le troisième jour et voulut qu’il se manifestât, non à tout le peuple, mais à des témoins prédestinés par Dieu, à nous, qui avons mangé et bu avec lui depuis la résurrection des morts » ( Act 10, 40 - 41 ). Cette précision «  à nous », peut être reçue comme une pointe d’orgueil ou comme un sens de grande responsabilité de témoignage. Le texte que la liturgie nous offre pour porter à son apogée le jour de Pâques - le récit d’Emmaüs - est une sorte de révélation, un cas d’école sur la façon dont nous pouvons nous aussi «  avec des accents de sincérité et de vérité » ( 1 Cor 5, 8  ) rencontrer le Ressuscité et dire à notre tour : oui, nous aussi «  nous avons mangé et bu avec Lui » ( Act 10, 4, 1 ). Avec sa sagesse mystérieuse, la liturgie nous fait vivre la célébration pascale comme le Shabbat, inclus entre deux soirs. Le soir du Samedi Saint qui, - cas unique dans toute l’année liturgique - ne célèbre pas les Premières Vêpres du Dimanche, car liées symboliquement dans des ténèbres  que seule la lumière du cierge pascal, au cœur de la nuit, réussit à dissiper. De l’autre côté, il y a le soir de Pâques où les ténèbres tombent à nouveau, mais sur une intimité et une joie retrouvée qui se fait invocation intime : «  Reste avec nous, car, le soir arrive et le jour est désormais au crépuscule » ( Lc 24, 29 ).

        La prière de «  Deux des leurs » ( Lc 24, 13 ), doit devenir la nôtre ! Il serait, en effet, vain que la lumière du Christ Ressuscite ait chassé la nuit, renversé la pierre du sépulcre, soit partie à la rencontre des femmes qui portaient les aromates, et se soit fait proche de Marie Madeleine en larmes…..tout cela n’aurait servi à rien, si la Présence du Seigneur Jésus n’avait fait son entrée discrète - mais non moins solennelle- dans l’intimité de notre maison pour se «  mettre à table » ( 24, 30 ) avec chacun de nous. Dans le compte- rendu des deux disciples, déçus et frustrés par «  l’évènement » ( 24, 18 ) l’on compare d’une certaine façon, une note pleine de regrets contraires aux attentes désirées, à une secrète espérance qui n’accepte pas de mourir complètement : «  Ma, Lui, il ne l’avait pas reconnu» ( Lc 24, 24 ). En fait, à peine les disciples prononcent-ils cette phrase : «  mais ils ne l’avaient pas reconnu » , voici qu’Il leur dit «  esprits, lents de cœur….. » ( Lc 24, 25 ). Comme si tout cela pouvait ressembler à des «  élucubrations » ( 24, 11 ) de femmes. Pourtant, c’est l’unique chemin pour ne pas perdre, et même pour accroître le sens de la vie qui exige, à son tour, de donner un sens à chaque mort. Le Ressuscité fera toujours «  comme s’il fallait aller plus loin » ( Lc 24, 28 ) et, nous devons toujours avoir le courage et l’audace d’insister : «  Reste…. » !

Seigneur Ressuscité, bénis cette aube de pierre repoussée, aube de sépulcre lumineux, aube d’espérance, de vie, de concertation et de joie ! Que la lumière de ta Pâque donne un sens à chaque instant de notre vie, que ta Résurrection glorieuse soit la lampe qui guide nos pas et qu’elle nous aide à trouver un sens à notre passé, à notre histoire d’aujourd’hui et à toute l’Histoire depuis toujours et pour toujours. Alléluia !