Aujourd'hui, la parole

Quelle Paix?
Saturday, 17 August 2019
XX Dimanche du T.O. ( Jr 38, 4 - 6. 8 - 10 / Ps 39 / He 12, 1 - 4 / Lc 12, 49 - 57 )             La lettre aux Hébreux nous invite à vivre " le regard fixé sur Jésus" qui est à l'origine et au terme de la foi" ( Hé...

Dimanche des Rameaux

 ( Lc 19, 28 – 40 ) 

                    

La parole que le Seigneur adresse aux pharisiens qui lui demandent de faire taire ses disciples et la foule, peut être considérée comme clé de lecture et portail d’entrée pour la Semaine Sainte : «  Je vous le dis : «  Si eux se taisent, les pierres crieront » ( Lc 19, 39 ). Les pierres qui, d’habitude ont une valeur plutôt négative, car elles indiquent la dureté et la fermeture du cœur, comme aussi une  certaine inertie de la vie spirituelle, deviennent, ici, le signe d’une transformation fondamentale. Et, justement, dimanche dernier, nous avons lu comment Jésus, sur l’esplanade du Temple a fait tomber des mains des accusateurs d’une femme, les pierres de la dureté et de l’inhumanité. L’évangile de Luc, dans le récit de la Passion, nous offre certaines particularités. La présence de deux «  malfaiteurs » à côté de Jésus devient pour Luc l’occasion de donner encore une fois la parole au pardon qui se fait promesse : «  Aujourd’hui, tu seras avec moi au paradis » ( 23, 43 ). Ce malfaiteur reconnaît en Jésus l’espérance, non pas d’être soustrait à son supplice, mais d’avoir la possibilité de le traverser de façon complètement différente et, de toute façon, plus tout seul.

          Le Seigneur restitue au «  bon larron », comme nous l’appelons familièrement, la joyeuse possibilité de pouvoir redécouvrir son innocence fondamentale. La croix, non seulement celle de Jésus, mais aussi celle du larron, devient le lieu d’une naissance où notre humanité peut adhérer pleinement au mystère de cet enfant longtemps nié et qui est vraiment redécouvert au moment de la punition «  juste ». Finalement, un homme «  condamné à la même peine » permet à cet autre, qui nous représente tous, de confesser sa peine et de révéler son profond désir : demander d’être porté dans les bras, vers le règne des cieux, le paradis,  la vie,  l’amour, le désir, l’espérance.

          Dans ce passage sont récapitulés tous les personnages qui constellent l’évangile de Luc : du fils prodigue à la pécheresse, de Zachée, du publicain qui n’ose pas lever son regard vers le ciel…..à nous ! Entrons donc dans la célébration des mystères de cette Semaine Sainte en suivant, bien sûr, le Seigneur Jésus qui monte au Calvaire avec sa croix, mais nous voulons y monter aussi avec notre croix, et avec la croix que nous sommes. La plus grande espérance , celle que ces jours peuvent être pour chacun de nous, est une véritable école de vie qui ne peut jamais omettre la leçon fondamentale du mystère de la souffrance et de la mort. Aujourd’hui, nous élevons les rameaux, comme les enfants de Jérusalem et nous nous préparons à être élevés à la même hauteur du Crucifié pour pouvoir lui parler dans une intimité et une vérité qui nous rendrons capables de penser à nous-mêmes d’une façon complètement nouvelle. Nous sommes désormais proches de la «  descente du Mont des Oliviers » ( 19, 37 ) qui précède de peu le lieu du Calvaire, mais, nous ne sommes pas seuls…..et ne le laissons pas seul ! Alors, la mort – chaque mort – ne sera qu’une porte ouverte vers le «  paradis » où les pierres ( 19, 40 ) de nos cœurs, adoucies par la grâce de ces jours-ci pourront s’étonner encore devant la pierre roulée de côté du sépulcre et, elles entonneront rapidement le chant de la victoire de l’amour.

          Luc nous rappelle que «  Jésus marchait devant tous en montant vers Jérusalem » ( 19, 28 ) ! Nous commençons la Semaine Sainte par ces paroles. Le Seigneur Jésus est devant nous et Il nous ouvre la route vers cet exode dont il avait parlé avec Moïse et Elie sur le Tabor ( 9, 31 ). Le Seigneur Jésus n’entre pas à pied à Jérusalem, mais il demande aux siens de lui procurer un petit âne expliquant et faisant expliquer que «  Le Seigneur en a besoin » ( 19, 31.34 ) Bien mystérieux est cet ânon dont le Seigneur a besoin  pour entrer à Jérusalem, mais, il en a surtout besoin pour grimper sur lui «  ils jetèrent leurs manteaux sur le petit âne et y firent monter Jésus » ( 19, 35 ). Bien sûr, c’est une manière d’affirmer visiblement un lien profond avec la prise de conscience de Jésus,  Messie dans la lignée de David, roi et berger qui avait connu sur ce même «  lieu des Oliviers » ( cf 2 Sam 15, 30 ) le maximum de son humiliation, c’est aussi une façon de dire combien en Jésus s’accomplit la prophétie du roi doux et humble dont avait parlé Zacharie ( Zac 9, 9 ).

Seigneur Jésus, le mystère de ta croix nous blesse continuellement et nous provoque, incarnant la douleur de tant de frères. Et nos cœurs sont des pierres, car trop de douleur peut endurcir, des pierres qui pleurent, car la douleur de ceux que nous aimons et de tant de frères éloignés, provoque des ouragans dans nos cœurs…..des pierres qui peuvent crier, non seulement le scandale de la croix, mais l’étonnement infini et la joie, l’espérance renouvelée dans la contemplation de la Résurrection…..des pierres qui ouvrent les tombeaux et deviennent lumière dans ta lumière. Kyrie eleison !