Aujourd'hui, la parole

Solution
Saturday, 22 June 2019
Le Corps et le Sang du Christ ( Gn 14, 18 - 20 / Ps 109 / 1 Cor 11, 23 - 26 / Lc 9, 11b - 17 )            Cela ressemble presque à un problème mathématique : la faim d'environ cinq mille personnes peut...

V Dimanche de Carême

( Is 43, 16 – 21 / Ps 125 / Ph 3, 8 – 14 / Jn 8, 1 – 11 )

 

          La femme que la Liturgie nous fait contempler en ce dimanche, prend, pour ainsi dire, la place de Lazare. Le dialogue que Jésus vit avec son Père devant la tombe de Lazare, alors que les Juifs essayent de comprendre ce que signifie vraiment être ami du Seigneur, ce dialogue devient, en cette année liturgique, dialogue avec une femme. Sans nom, cette femme prend un visage à partir de la parole et des gestes que le Seigneur accomplit pour elle…… comme pour chacun de nous. Sur le chemin de notre vie où tous, même si c’est de manière différente, nous avons le devoir de trouver notre propre espace à partir du regard des autres qui se pose sur nous, cette femme nous fait signe et devient un signe. Nous sommes appelés à trouver et à garder notre juste place : exactement face au Seigneur. Alors que les «  scribes et les pharisiens » lui amenèrent une femme surprise en adultère » ( Jn 8, 3 ), comme un cas à résoudre, le Seigneur Jésus, évitant de créer un précédent dangereux,  a le courage de lui adresser directement une parole, la faisant ainsi sortir de l’anonymat et lui reconnaissant une dignité fondamentale qu’aucun péché ne peut entacher : «  Femme où sont-ils ? » Personne ne t’a condamnée ? » ( Jn 8, 10 )

          Nous avons besoin, chaque jour, de nous retrouver seuls avec Jésus, non pour être absous de notre péché par un coup d’éponge, mais pour être relancés vers la vie par une vocation qui a le ton d’une invocation : «  Va… » ( Jn 8, 11 ). Cette invitation à y aller est ce  qui nous redonne la possibilité de donner un nouveau visage à notre vie même quand nous devons dire avec l’apôtre : «  Je ne pense pas avoir déjà saisi cela. Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours… » ( Ph 3, 13 – 14 ). Avec son regard et sa parole, le Seigneur nous permet chaque jour de reprendre la course de la vie en regardant ce que nous avons devant nous comme possibilité pour ne pas se laisser empêtrer dans nos propres erreurs et nos douleurs. Aujourd’hui, nous sommes appelés à nous identifier à cette femme à qui le Seigneur restitue la possibilité de reprendre la marche avec une conscience encore plus grande. Nous devons aussi reconnaître que nous ressemblons aussi à ces hommes qui ont déjà une pierre en main pour la jeter et éviter la difficulté de reconnaître leur propre douleur et leur propre errance. Il ne s’agit pas seulement d’éviter d’être lapidés, mais il est nécessaire de faire attention à ne pas se laisser enchaîner par la folie de passer toute la vie avec une pierre en main, où ne se miroiterait  misérablement rien d’autre que notre cœur de pierre, pas encore transformé en coeur de chair ( réf. Jer 31, 18 )

          Ils ont bien raison ces pharisiens de vouloir incriminer cette femme surprise en flagrant délit d’adultère ; ils ont raison d’incriminer Jésus qui s’oppose à l’application de la Loi, à la fin, ils le condamneront selon «  la Loi » ( Ph 3, 9 ), mais contre le cœur de la Loi . Devant l’esplanade du Temple, c’est comme s’il se passait une répétition générale du procès et de la condamnation de Jésus en personne : au centre se trouve le mystère de la misère de l’humanité qui accueille la miséricorde divine. Toute la scène est dominée par le grand silence de cette femme qui sait bien qu’elle est coupable et qui ne dit pas une seule parole pour se justifier. Elle attend la condamnation ou la miséricorde comme quelque chose qui ne dépend pas d’elle. Icône merveilleuse de notre innocence originelle qui ne peut qu’avoir confiance dans la miséricorde. Nous savons tous, au plus profond de nous que nous n’avons d’autre espérance que la miséricorde. Le Seigneur Jésus participe à ce silence, et dans ce silence de fond, il vivra sa Passion durant laquelle, aux brèves paroles prononcées, s’accompagnera un grand silence d’attente…..jusqu’à la consommation de tout.

Seigneur Jésus, comme tu nous surprends, quand tu te courbes pour écrire dans la poussière ! Ce que tu as écrit n’est pas important, mais la façon dont tu l’as fait, car la force de ce geste nous rappelle continuellement de libérer le cœur et l’esprit des jugements et préjugés qui détruisent insidieusement les relations entre frères. Répète-nous aussi, Seigneur, ce «  Va……et ne pèche plus », alors, conscients d’être tous pécheurs , d’avoir besoin de pardon et d’être accueillis dans cœur, si nous t’écoutons, nous courrons vers la vie et témoignerons de l’infinie reconnaissance pour ta miséricorde. ? Kyrie eleison !