Aujourd'hui, la parole

Jouer
Saturday, 15 June 2019
La Sainte Trinité  ( Pr 8, 22 - 31 / Ps 8 / Rm 5, 1 - 15 / Jn 16, 12 - 15 )              Notre image de Dieu est normalement assez " sérieuse" et la première lecture de ce jour, nous permet, au contraire, de...

IV Dimanche de Carême

                 ( Gn 5 passim / Ps 33 / 2 Cor 5, 15 – 21 / Lc 15, 1 -3. 11 – 32 )

 

          Au milieu du chemin de Carême, l’Eglise nous invite à la joie : « laetare  Jerusalem »et, comme pour nous rafraîchir de la fatigue de la pénitence, la source nous est dévoilée, la motivation et l’origine de chaque parcelle de notre joie : nous pouvons compter sur un Père qui «  eut compassion, courut à sa rencontre, se jeta à son cou et l’embrassa » ( Lc 15, 20 ). Ce tendre baiser dévoile le secret du cœur de cet homme, père de deux fils, si différents, qui ont tant de difficulté à être frères. Résistons à la tentation de nous arrêter sur les raisons de l’un et de l’autre…..nous risquerions de trahir le propre sens de la parabole dont le centre n’est pas la manière d’être fils et frères – nous ne le serons jamais assez – mais la manière d’être père comme le Père qui nous rend fils et frères : «  C’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui » ( 2 cor 5, 19 ). Un grand peintre comme Rembrandt en peignant cet épisode évangélique, nous fait distinguer le jeune, à peine rentré, totalement abandonné sur le sein paternel, presque anxieux de pouvoir y être régénéré comme «  créature nouvelle » ( 2 Cor 5, 17 ). Son retour est attendu, presque facilité et accompagné – par deux mains si différentes dans leurs profils que l’on peut y voir une main maternelle dans celle qui est la plus proche du cœur de ce fils. Un fils perdu, qui après avoir trouvé le courage de retourner, a besoin d’être réconforté. Il nous vient à l’esprit quelques vers poétiques de Jean de la Croix : «  Ô douce main ! Ô délicat toucher qui a le goût de la vie éternelle ! ( vive  flamme, 2 ).

          Devant ce personnage étonnant, il est difficile de penser pouvoir l’imiter ; l’on peut facilement l’admirer, mais la question se pose au plus profond de nous-mêmes : «  un père doit-il vraiment se comporter ainsi ? » Nous pouvons seulement y répondre avec les paroles de Paul : «  Tout cela vient de Dieu » ( 2 Cor 5, 18 ) ou, plus précisément, ceci est Dieu, notre Dieu qi se révèle «  en Christ » ( 17) En ce quatrième dimanche de Carême, le violet des ornements s’atténue par un rosé qui conforte non seulement l’œil, mais surtout le cœur. Quel est le motif de toute cette joie à laquelle le psalmiste semble nous inviter avec une certaine urgence : «  Magnifiez avec moi le Seigneur, exaltons tous ensemble son nom. Je cherche le Seigneur, il me répond : de toutes mes frayeurs, il me délivre » ( Ps 33, 4 – 5 ) ? La réponse nous est donnée par les lectures de ce dimanche, là où nous sommes emmenés par la parabole où le Seigneur nous fait ressentir la joie inexprimable et totale de se retrouver dans une alliance restaurée  et, d’une certaine façon, améliorée : la bague, le veau, le vêtement sont les symboles qui nous disent comment et quand nous avons été «  réconciliés » ( 2 Co 5, 18 ). Tous nos éloignements peuvent se transformer en retour. Chacune de nos expériences de faim peut devenir l’occasion d’expérimenter la joie de pouvoir manger une nourriture nouvelle.

          La première lecture, en faisant mémoire de l’entrée dans la Terre, nous rappelle, d’une part, que si nous en mangeons les fruits, cela suppose aussi, d’autre part, que la «  manne » ( Gn 5, 15 ) s’arrête de tomber du ciel. Pour le peuple et pour chaque croyant, l’entrée dans la Terre Promise n’est rien d’autre que l’expérience de l ’embrassement du Père miséricordieux et coïncide avec une nouvelle étape de la vie .  La parabole ne nous parle pas seulement du retour du plus jeune fils, elle met aussi le doigt sur tant de retours manqués et tant de conversions repoussées ou simplement snobées. Les paroles du Seigneur Jésus sont adressées à ces «  scribes et pharisiens » ( Lc 15, 1 ) qui sont seulement capables de juger et de se complaire dans leur présumée et présomptueuse justice. Parmi eux, il ne sera pas difficile de trouver aussi une part de nous-mêmes. La Liturgie, en nous préparant à Pâques, nous demande une grande conversion du cœur et de l’esprit.

Seigneur Jésus, nous te demandons de retourner continuellement, nous avons toujours besoin de ton pardon, et, en même temps, comme le fils aîné de la parabole, nous récriminons et nous nous nourrissons d’une autosuffisance factice qui nous laisse affamés et accablés. Seigneur, pour cet embrassement du Père qui nous régénère , nous rafraîchit , nous recrée, pour la chaleur de cet embrassement qui nous fait sentir que nous sommes vraiment retournés à la maison, notre cœur éprouve un indicible réconfort et te rend grâce pour toujours. Kyrie eleison !