Aujourd'hui, la parole

Quelle Paix?
Saturday, 17 August 2019
XX Dimanche du T.O. ( Jr 38, 4 - 6. 8 - 10 / Ps 39 / He 12, 1 - 4 / Lc 12, 49 - 57 )             La lettre aux Hébreux nous invite à vivre " le regard fixé sur Jésus" qui est à l'origine et au terme de la foi" ( Hé...

                                                          III Dimanche de Carême

                                ( Ex 3 passim / Ps 102 / 1 Co 10 passim / Lc 13, 1 – 9 )

 

          Le texte de l’Evangile de ce dimanche, nous demande et nous permet de faire un pas supplémentaire sur notre chemin de conversion qui suppose un brin d’intelligence et de discernement. Ces gens qui s’approchent du Seigneur Jésus, nous représentent bien dans notre envie de rendre évidentes certaines situations de catastrophe qui font émerger notre besoin d’être rassurés. Lorsqu’un malheur a frappé les autres en nous épargnant nous et ceux qui nous sont chers, nous voudrions tellement pouvoir interpréter cela comme la preuve d’un indice de plus grande justice et bonté de notre part. Si le sort ne s’est pas acharné sur nous ou, du moins, nous a épargnés, il y a sûrement une raison : nous sommes meilleurs ou au moins, nous ne sommes pas pires que les autres. La réponse du Seigneur est nette : «  Je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même ». La «  manière » dont fait référence le Seigneur Jésus est celle que lui-même devra assumer jusqu’à la subir dans le mystère de sa passion. Sa mort sur la croix sera retenue par la plus grande majorité de ceux qui suivront les derniers pas de son exode, comme la juste punition pour son iniquité religieuse : se déclarer Fils de Dieu. Pour ceux, par contre qui n’ont pas de préoccupations religieuses, mais des intérêts et des privilèges à défendre, sa parole semblera une menace politique. Annoncer, comme le fait le Seigneur Jésus, une nouvelle manière d’entrer en relation, dépassant la logique du pouvoir, représente un vrai danger pour celui qui fonde sa propre sécurité sur la vulnérabilité des autres.

          Le chemin de conversion que le Seigneur Jésus nous demande d’affronter est celui de dépasser la tentation du murmure qui est une manière très subtile, mais très efficace de se croire supérieur et meilleur que les autres et même d’en savoir plus que Dieu. Murmurer est vraiment l’apanage de ceux qui désirent toujours soigneusement éviter qu’un Pilate quelconque se mêle à leur propre sang «  celui de leurs sacrifices » ( Lc 13, 1 ). Ce sont ceux qui aiment rester spectateurs de l’histoire et, dans la mesure du possible, à l’abri des dangers : toujours en droit de dire et redire, mais jamais en devoir de s’exposer et de faire quelque chose. Tout autre est l’attachement de Moïse dans le désert du Sinaï devant le buisson. Tout autre est l’attachement du patron et du vigneron par rapport au figuier ! Moïse s’approche du buisson qui se consume en risquant de se brûler et, - en effet, sa vie change ! – Dans la parabole évangélique patron et vigneron s’approchent du figuier risquant d’être déçus par l’absence de fruits. Mais, le fait de s’approcher et de voir de plus près, ne permet tout simplement plus de murmurer ou de rapporter, car cela exige une compromission. Le Très-Haut rappelle à Moïse que l’on ne peut pas rester spectateurs de la souffrance «  le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! » ( Ex 3, 5 )

          Chaque buisson qui brûle, chaque figuier qui lutte pour donner du fruit, chaque histoire et son récit représente quelque chose de saint et non – comme on pourrait le juger à distance ou par ouïe dire – un péché : «  Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens ? » ( Lc 13, 1 ). Le Dieu qui se révèle à Moïse est un Dieu personnel qui connaît les personnes dont il suit l’histoire unique et irremplaçable, il va jusqu’à accepter de s’y identifier et de s’y compromettre : «  Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob….j’ai observé….j’ai entendu….je suis descendu….ceci est mon nom pour toujours » ( Ex 3, 6 – 8 ). De cette manière, l’inaccessibilité sainte de Dieu se transforme admirablement par sa compromission avec l’histoire de l’homme. Et si Dieu ne révèle plus sa sainteté dans la distance, mais dans la compassion, en tant que ses disciples, nous n’avons plus d’autre possibilité que de l’imiter.

          L’antidote à la tentation qui tenaille continuellement notre cœur et contamine notre sensibilité en nous rendant étrangers à la logique de l’Evangile, nous la trouvons dans la parabole que Jésus raconte, et, dans laquelle nous pouvons même y reconnaître sa présence dans l’habit du «  vigneron » ( 13, 7 ). Dans ce rôle, le Maître s’oppose avec politesse et audace à son patron : «  laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier » ( 13, 8 ). Par cette proposition où il s’engage personnellement, le vigneron se distancie de la décision de son patron : tailler est une opération drastique et par certains aspects, fatigante sur le moment, mais sans conséquences. Au contraire, le vigneron prend son temps et, surtout, il assume toute la responsabilité : bêcher et fumer pendant toute une année. Par cette résolution, indirectement, mais courageusement, il reconnaît que, sûrement, il n’a pas fait tout le nécessaire pour que l’arbre produise du fruit ; et, peut-être ne l’a-t- il pas fait, jusqu’à présent avec suffisamment de soin et d’attention !

Seigneur Jésus, nous te rendons grâce pour ta divine miséricorde, pour ton infinie patience et pour les soins de sagesse par lesquels tu accompagnes et soutiens chaque passage de notre cheminement. Tu es amoureux de la vie et comble notre cœur de tendresse et d’amour ardent. Continue à nous enseigner l’art divin du miracle du pardon pour que le mal s’évanouisse face à nos yeux ébahis par le feu merveilleux de ton amour. Kyrie eleison !