Aujourd'hui, la parole

Jouer
Saturday, 15 June 2019
La Sainte Trinité  ( Pr 8, 22 - 31 / Ps 8 / Rm 5, 1 - 15 / Jn 16, 12 - 15 )              Notre image de Dieu est normalement assez " sérieuse" et la première lecture de ce jour, nous permet, au contraire, de...

II Dimanche de Carême

( Gn 15 passim / Ps 26 / Phi 3, 17 - 4, 1 / Lc 9, 28 – 36 )

 

         Le Seigneur Dieu, le Très-Haut, s’adresse à Abraham par ces paroles : «  Regarde le ciel et compte les étoiles, si tu réussis à les compter ! » ( Gn 15, 5 ). En ce deuxième dimanche de Carême, il semble vraiment que l’invitation à la conversion passe par une purification du regard…..du cœur. Nous sommes invités à vivre généreusement une sorte de rectification du regard qui nous rendra conscients de sa pauvreté et de ses limites. C’est ainsi que nous serons capables d’aller au-delà de ce que nous voyons avec les yeux, pour ne pas devenir pathétiques avec notre angoisse de contrôle « …si tu réussis à les compter ! ». Il y a une pointe d’humour bienveillant dans les paroles que le Très-Haut adresse à son serviteur Abraham, lequel apprend à connaître Dieu d’une façon assez différente de ses habitudes et imaginations idolâtres. Sur la montagne de la transfiguration où l’on pourrait croire au triomphe de la vue comme organe de perception le plus sûr et le plus certain, c’est l’écoute, en réalité, qui est sollicitée. Juste au moment où le regard semble rejoindre le sommet de ses possibilités, l’invitation à la conversion résonne comme une sorte de déviation : «  Celui-ci est mon Fils, l’élu, écoutez-le » ( Lc 9, 35 ).

          Alors qu’il gravit la montagne, l’intention du Seigneur Jésus est absolument claire et soulignée par l’évangéliste Luc : «  Il gravit la montagne pour prier » ( Lc 9, 28 ). Le Maître se retire sur la montagne, non pour se donner en spectacle, mais pour entrer en intimité avec ce Dieu qu’il appelle toujours par le doux nom de Père, comme il le fera du début de sa vie consciente d’homme et de croyant, ( Lc 2, 49 ) jusqu’à l’extrême don de sa vie ( Lc 23, 46 ). Le mystère, et non pas le miracle, de la transfiguration – terme soigneusement évité par Luc – est le signe extérieur de cet intime colloque intérieur entre le Fils qui invoque et ce Père qui le reconnaît et le révèle comme «  mon Fils » ( 9, 35 ). Le fait que «  son visage changea d’aspect et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante » ( 9, 29 ) n’est rien d’autre que la manifestation de la joie indescriptible que le Seigneur Jésus vit dans l’intimité de la prière, lieu d’écoute absolue de l’Autre.

          Pour Luc, il ne s’agit pas de «  transfiguration », il n’utilise pas cette expression, mais il s’agit simplement d’une «  transformation » de son visage, dans le sens de «  devenir autre ». Du point de vue des attentes et de l’imagination des disciples, le Seigneur Jésus devint méconnaissable. Le moment de la transfiguration marque, en réalité, le temps offert aux disciples pour réajuster leur regard sur Jésus. Il s’agit de renoncer à leurs projections, afin d’entrer dans la claire lumière de ce que le Seigneur révèle de lui-même, du Père et de notre propre vocation de disciples, à travers ses paroles et ses gestes. Ce qui est offert sur la montagne est un temps propice, mais assez délicat et presque risqué. Tout cela, bien évidemment, arrive de nuit, car ses disciples étaient «  accablés de sommeil » ( Lc 9, 32 ) et, pourtant, il veilleront et resteront éveillés et – même fatigués – verront sa gloire. Quand Moïse et Elie partent, après avoir parlé avec Jésus de son prochain «  exode », voilà que Pierre parle. Sa parole est entre coupée par une autre nuit, une nuée, et – comme déjà pour Abraham – «  ils eurent peur » ( Lc 9, 34 ).

          Pierre, comme Abraham – et comme chacun de nous – ne comprend pas et même se méprend, essayant de ne voir que le côté esthétique de ce qui arrive, jusqu’à dire, sans vraiment savoir ce qu’il dit «  c’est beau » ( Lc 9, 33 ). Pierre se laisse ensorceler par une sorte de beauté/bien-être qui est le contraire de ce que Jésus enseigne. Pour les disciples de tous temps et de tous lieux, le défi reste le même : passer de l’esthétique à l’e – statique qui permet d’accomplir l’exode toujours douloureux à travers le bien vers le bon et le vrai ! C’est de cela que le Seigneur Jésus discutait avec Moïse et Elie, et c’est de cela qu’il veut parler avec chacun de nous, appelés à le suivre jusqu’à la montagne de la «  transformation »……jusqu’à la montagne de la passion et de l’amour. 

Pourquoi prétendons-nous compter nos pas, nos jours et ceux des autres…..et même les étoiles ? Seigneur sois pour nous la poutre maîtresse de ce Carême : l’écoute profonde de ta parole et de ta vie. Donne-nous d’écouter, les yeux fermés, dans une attentive perception, ce que nous dit notre cœur, afin de t’écouter, toi, qui habite et parle dans un cœur pauvre. Convertis notre regard et fais que nous écoutions amoureusement. Kyrie eleison !