Aujourd'hui, la parole

Vous êtes
Saturday, 08 February 2020
V Dimanche du T.O. ( Is 58, 7-10 / Ps 1 / 1 Cor 2, 1-5 / Mt 5, 13- 16 )             La parole du Seigneur Jésus nous rejoint avec la délicatesse et la force d'un rayon de lumière, elle nous fait réagir par la...

V Dimanche du T.O.

( Is 6, 1 - 8 / Ps 137 / 1 Co 15, 1 - 11 / Lc 5, 1 - 11 )

 

          Les lectures de ce dimanche s’articulent de façon assez harmonieuse : un pas du prophète Isaïe qui évoque les circonstances du début de son ministère, le témoignage de Paul qui, écrivant aux Corinthiens, parle de lui-même et du don d’amour, et le récit de la pêche miraculeuse par laquelle débute la vie itinérante des disciples et qui évoque, pour ainsi dire, le moment et les circonstances des premiers pas de la vie de l’Eglise. Nous pourrions intituler ce dimanche ainsi: les trois temps de la vocation ou le mystère de la vocation en trois temps, ou, mieux encore, en trois drames. Dans chaque lecture, nous nous trouvons face à un personnage différent. Isaïe, Paul et Pierre. Personnalités, certes, non banales et de fort tempérament. Le fait de pouvoir approcher ces trois figures bibliques, comme si elles étaient mises en parallèle, nous permet de recueillir certains aspects de la pédagogie divine qui, du moins par certains côtés, concerne chacun de nous et l’Eglise dans son ensemble.

          L’une des constantes de ces trois expériences est la rencontre avec la réalité de Dieu, perçue comme quelque chose qui nous met en contact avec ce qui nous transcende radicalement. Isaïe , au Temple, se sent submergé et presque annihilé par le poids de la sainteté de Dieu, jusqu’à s’exclamer : «  Oh ! Je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures et j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures » ( Is 6, 5 ). Dans le même ordre d’idée, Simon Pierre se sent perdu face à cet inconnu qu’est Jésus, à qui il a prêté sa barque et qui, après une nuit sans sommeil et infructueuse, lui a rempli entièrement les filets . Devant tout cela, il ne trouve rien de mieux à dire que : «  Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un pécheur » ( Lc 5, 8 ). Paul, ne réussira pas et ne pourra jamais oublier sa fière et féroce aversion envers les disciples de ce Jésus qui lui apparaît sur la route de Damas dans une lumière tellement nouvelle qu’elle l’aveugle jusqu’à le faire tomber à terre. Pour cela, comme Pierre et Isaïe, il a une claire conscience du don «  reçu » ( 1 Co 15, 3 ) à laquelle est profondément unie la conscience de sa propre indignité «  je suis le plus petit parmi les apôtres et je ne suis pa digne d’être appelé apôtre car j’ai persécuté l’Eglise de Dieu » ( 15, 9 ).

          Et, pourtant, c’est justement Paul qui nous révèle le secret pour comprendre et accueillir le don d’une présence de Dieu dans notre vie : «  par la grâce de Dieu, je suis celui que je suis, et sa grâce, venant en moi, n’a pas été stérile » ( 15, 10 ). Ce que les «  séraphins » proclament au Temple : «  saint, saint, saint » ( Is 6, 3 ), et que nous répétons toujours au moment le plus transcendant de la célébration eucharistique, nous rappelle littéralement comment et combien Dieu est «  tout Autre ». Et, pourtant, la radicale altérité divine qui s’impose dans son absolue différence, est comme un feu dévorant qui révèle à ceux qui se laissent toucher par sa manifestation, leur personne en vérité. Trois figures donc, d’hommes en prise avec eux-mêmes et avec le mystère de Dieu dans leur vie, et un seul message :  seul le Seigneur peut nous faire connaître et expérimenter le salut en nous réconciliant avec ce que nous sommes et en nous aidant à donner le meilleur de ce que nous sommes dans la mesure, justement , où nous savons assumer et nommer nos limites, nos incapacités et nos péchés !

          Seigneur, nous te prions : fais mûrir notre cœur et façonne-le pour qu’il s’approche de toi avec «  peur et tremblements », mais qu’il sache, en même temps, tomber amoureux de toi et de ta parole et l’incarner dans la petitesse, la limite et l’ambiguïté de notre vie. Là où se trouve le vide en nous, là est l’espace pour goûter ton Amour miséricordieux et le redonner à nos frères. Merci, Seigneur !